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Amours cannibales

 
Amours cannibales
Amours cannibales
Amours cannibales

 
Fiche Technique
 

Millésime: 17 décembre 2014
 
Réalisateur: Manuel Martin Cuenca
 
Acteur: Antonio de la Torre, Olimpia Melinte, Maria Alfonso Rosso, Florin Fildan…
 
Nationalité: Espagnole, Roumaine, Russe, Française
 
Genre: ,
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
8.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.5
7.5/10


Note des lecteurs
2 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


La réalisation soignée, l’interprétation subtile, et la démarche aussi dérangeante que convaincante.

C'est un peu faible...


Que les accrocs aux flots sangs se détournent pudiquement. Ici, l’horreur est surtout dans les têtes.


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Posté le 24 décembre 2014 par

 
Chronique
 
 

Un notable respectable se nourrit d’humains, des humains dont il se tient à distance jusqu’à ce qu’une rencontre ne fasse naître en lui le sentiment amoureux… Classique des monstres qui envahissent nos écrans, le cannibale est ici montré avec une humanité grandissante. Une démarche dérangeante, raffinée, et bigrement pertinente.

D’une discrétion exemplaire, précis dans l’exécution de ses actes, Carlos est un prédateur. Il prend soin de ses victimes, qui viennent ensuite garnir le contenu de son réfrigérateur. Pour les habitants de Grenade, c’est un tailleur à l’excellente réputation vers qui les plus vieilles institutions de la ville viennent en confiance. L’arrivée d’une nouvelle voisine extravertie va bousculer sa routine glaciale, éveillant des sentiments depuis longtemps refoulés. Au point de motiver une disparition de plus. C’est la venue de sa sœur jumelle, la douce Nina, qui va définitivement ébranler le fragile équilibre de son existence… L’exercice est pervers, mais il résonne aussi comme un écho à nos angoisses contemporaines. Avec Amours Cannibales, le réalisateur espagnol Manuel Martin Cuenca détourne l’archétype du monstre pour parler d’amour, de sentiments. Et pour mettre en valeur leur force, leur violence, il prend comme héros la pire créature, damné du pire tabou, un cannibale. Tout est raconté de son point de vue. La rigueur de sa vie, cette normalité qui en fait un individu respecté et respectable. Il n’y a que son réfrigérateur pour connaitre son noir secret. Sa façon de dépecer ses victimes, évoquée avec beaucoup de précautions, est presque religieuse. Inconscient du mal qu’il fait, loin des monstres, il apparait comme un individu qui s’adonne à un culte, un mode de vie. Une normalité en soi.

On devine une absence de famille, une vie sentimentale inexistante. Une vie de moine, consacrée à l’excellence du métier d’habiller les corps. On ne peut s’empêcher de voir cette vocation comme le miroir de son âme, ces corps qu’il découpe, tranche, et garde au frais pour les consommer. Amours cannibales diffuse son trouble, son inconfort, au fur et à mesure que Carlos fait preuve d’humanité. Parce qu’on l’accompagne dans son quotidien, et parce qu’on se retrouve trop souvent en lui. Et puis lorsque les sentiments s‘éveillent, au point qu’il pourrait livrer ses secrets à celle qui occupe son esprit, on s’identifie plus encore. Le piège, c’est d’habiller l’abominable d’humanité. Un piège dans lequel on tombe, forcément. L’horreur est là, omniprésente, mais jamais graphique. Elle se rappelle à nous lorsqu’il se met à table avec une simplicité quotidienne. Ou lorsque, perdu dans ces sentiments nouveaux, il s’essaie à nouveau à tuer, pour se tester, se retrouver. La laideur et les excès charcutiers systématiquement associés au tabou n’ont pas cours ici. Au contraire, Cuenca compose ses images avec beaucoup de soin, comme des tableaux classiques. Avec une lumière parfaite, il s’applique à prolonger ses perspectives, soigner les ouvertures de plan de façon à ce que, comme Carlos, nous devinions toujours le prochain visiteur, le prochain évènement. Le bouleversement n’en est que plus fort lorsque Carlos lui-même n’y parvient plus.

Pour incarner Carlos, Cuenca fait appel à son acteur fétiche, Antonio de la Torre. Peu habitué à autant de retenue, il s’avère parfait, incarnant tout en finesse ce monument de froideur cédant peu à peu à la chaleur humaine. Dans un double rôle délicat, Olimpia Melinte incarne les deux jumelles à la personnalité opposée avec une belle sensibilité. La crédibilité de l’impossible duo qu’ils composent est une vraie force pour le récit. Se démarquant fondamentalement de tout ce qui caractérise le genre horrifique, mais suggérant parfaitement ce qu’un tel tabou implique, Manuel Martin Cuenca pointe du doigt le monstre en chacun de nous. Cette abomination qui nous fascine tant que nous en avons fait un héros, entre ogre et super héros, à l’envergure presque mythique. Mais qui peut trouver sa place dans nos sociétés distantes et hypocrites, qui lui font un nid confortable, pour peu qu’il en respecte et chérisse les règles. Une société qui s’accroche à ses traditions plus qu’à ses valeurs, si désespérément en quête d’équilibre qu’elle en trouve dans  la logique la plus aberrante. Lorsque la limite entre le mal et le commun des mortels se brouille si efficacement, chacun se trouve mis face à ses doutes et ses contradictions. Alors, en regardant Amours Cannibales, vous vous demanderez peut-être dans quelle mesure un monstre sommeille en vous…

Informations supplémentaires et l’avis Dévoreur du Margouillat

Amours cannibalesL’avis du Margouillat : Maitrisé, jouant de l’abominable avec retenue et un dépouillement quasi religieux, à l’image de la magnifique piétée de son affiche, Cuenca réussit un détournement passionnant, replaçant le pire des hommes, le cannibale, au coeur des tourments sentimentaux. Où s’arrête le monstre et où commence l’humain, à nous de le décider ensuite.

 


watchingmachine

 
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Petit animal fouineur et curieux : ce margouillat nous scrute et donne un avis toujours aussi péremptoire que subjectif. Bref, un journaliste... un vrai.


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