Nos actus
 

Au bord du monde

 
Au-bord-du-monde
Au-bord-du-monde
Au-bord-du-monde

 
Fiche Technique
 

Millésime: 22 janvier 2014
 
Réalisateur: Claus Drexel
 
Nationalité: Française
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
8.0


 
Emotion
9.0


 
Notre note
8.0
8/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


Avec dignité, rigueur, une totale sincérité et une vraie classe plastique, Drexel ose ce que la plupart d'entre nous ne ferons jamais qu'imaginer: franchir la ligne invisible et rencontrer les sans-abris. Cette parole leur redonne une identité, et nous bouleverse profondément. Indispensable.


Posté le 23 janvier 2014 par

 
Chronique
 
 

Sans voyeurisme, avec une dignité remarquable, Claus Drexel donne la parole aux fantômes de la capitale. Des sans-abris qui, chacun a leur façon, ébranlent nos certitudes et bouleversent nos à priori. 

au bord du monde afficheDerrière les chiffres illustrant la misère, quelques faits divers d’un autre temps, ces silhouettes discrètes nous inspirent une saine terreur. Et plus la menace de la précarité s’étend, plus leur simple existence suffit à nous fermer les yeux, à nous inviter à mépriser une réalité de plus en plus agressive. En effaçant les sans-abris de notre vision, nous les privons de leur identité, et nous nous protégeons de ce qu’ils incarnent. C’est en cela qu’Au bord du monde est un film dangereux. Il ébranle nos protections, secoue notre aveuglement. Et c’est impuissant et sans défense que l’on se trouve confronté à la réalité des sans-abris, racontée par eux-mêmes. Tenaillé par un besoin de donner la parole à ces oubliés de nos villes, Claus Drexel a parcouru pendant une année les quatre coins de Paris pour rencontrer ces oubliés du système. Une longue conversation marquée par une sincérité et une dignité de chaque plan. Et pour ces plans, pas de compromis: une caméra fixe, un sujet filmé en pied. Une démarche proche de la photographie et pour cause : c’est au photographe Sylvain Leser, un familier de la nuit, que Claus Drexel a confié l’image de son film. Le résultat est saisissant, osant associer le dénuement de ces survivants et l’incroyable beauté de Paris. Un contraste qui suggère l’indécence, mais en même temps nous fascine et nous hypnotise.

Les visages sont marqués par les épreuves, la parole parfois difficile à suivre, mais lorsque ces laissés-pour-compte nous racontent, ils révèlent la réalité que nous fuyons avec tant d’acharnement. Ils racontent le quotidien, les angoisses, mais surtout les drames qui ne les quittent pas, ce passé qui les réchauffe pourtant, les espérances qui les tiennent en vie. Distillant sans rage la terrible philosophie de ceux qui vivent au jour le jour, sans haine, sans plus d’amertume qu’aucun de nous, ils nous rappellent qu’ils sont humains. Il faudrait que chaque français puisse voir ce film magnifique, juste une fois. Parce qu’il dévoile l’un des aspects les plus abjects de notre société, et qu’en même temps il est incroyablement beau. Mais le prix à payer est terrible. Lorsque ça n’est qu’un corps sous une couverture, des pieds qui dépassent d’une tente, on peut encore poursuivre son chemin, faire mine de rien. Cela n’est plus aussi facile lorsque l’on sait que ces fantômes bien vivants s’appellent Christine, Marco, Wenceslas, Alexandre, Jeni, Costel…

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...