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Big Eyes

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 18 mars 2015
 
Réalisateur: Tim Burton
 
Acteur: Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter
 
Nationalité: Américain, Britannique
 
Genre: ,
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.5
7.5/10


Note des lecteurs
3 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


Méticuleux et inspiré, le fantastque Burton s'efface derrière un faits divers qui vaut toutes les fictions.

C'est un peu faible...


Les Big Eyes avaient un potentiel horrifique a exploiter. Mais ce serait matière à un autre film...


0
Posté le 17 mars 2015 par

 
Chronique
 
 

Walter Keane devient une star grâce à ses tableaux d’enfants aux yeux énormes. Mais il n’a jamais peint un seul « Big Eyes ». Usurpant l’art de sa femme Margaret, son mensonge durera dix ans… Tim Burton se contente rarement d’une histoire vraie. Mais celle-ci lui convient si bien ! Au fil d’une imposture incroyable, il évoque nombre des thèmes qui lui tiennent à cœur. Savoureux.

Ê

tre mère célibataire à la fin des années 50 est délicat. Et une vocation de peintre n’arrange rien. Heureusement, Margaret rencontre le fantasque Walter. Il sait parler, se vendre. Et vendre l’art de Margaret, des portraits d’enfants aux yeux étrangement immenses. La fortune qu’il en tire a cependant un prix terrible : Walter s’approprie le talent de Margaret… Même si cela ne se voit pas tout de suite, Tim Burton vient d’épingler un monstre de plus à son tableau de chasse. Qui a tout d’un tableau de famille. Ne vous fiez pas aux couleurs éclatantes de ces sixties naissantes, si élégamment reconstituées, véritable carte postale d’une Californie idéale. Ce monstre est un peu particulier, puisqu’il a au moins deux visages. Disons plutôt que c’est une trinité de monstre à la Burton, telle qu’on la reconnaît dans tout classique d’horreur. Fascinant, charismatique, le père est si épris de gloire et de reconnaissance qu’il s’approprie le talent des autres. Et se montre si talentueux à tromper son monde qu’il convaincra la terre entière de son mensonge pendant dix ans. C’est le docteur Frankenstein, que la mégalomanie et l’amertume mènent à la violence, piégé dans son mensonge au point de refuser d’admettre la vérité jusqu’à sa mort. Pitoyable et affligeant, le monstre d’arrogance est gangrené par l’ivresse de la gloire. Margaret est l’âme de la famille, la mère inquiète. Et elle est aussi l’inspiration, sincère et sans calcul. Mais soumise, brisée par une société, un commerce, la muse au pinceau agile devient la créature soumise et servile jusqu’à disparaître. Elle devient le pathétique Igor d’un professeur tout puissant, l’âme torturée par sa propre trahison à en taquiner de près la folie.

Et puis il y a la créature. LES créatures. Ces enfants faméliques, stéréotypés dans leur malheur, navrants de mièvrerie. Mais en même temps si étranges, « monstrueusement » mignons à cause de ces yeux immenses, trop disproportionnés pour ne pas devenir inquiétants. Si monstrueux qu’ils échappent au bon goût, qu’ils en acquièrent une personnalité, une respectabilité en dépit du désarroi des élites et les juges du bon goût. Une laideur qui gagne les musées s’insinue dans la diplomatie et les bonnes œuvres. Les Big Eyes, c’est la consécration du moche. Toute cette histoire est vraie et c’est insensé. Interprétée avec légèreté et inspiration par une mise en scène élégante, Burton confie la partition au jeu tout en finesse d’un duo impeccable : Amy Adams est bouleversante en Margaret, et Christoph Waltz impérial en Walter. Un biopic racontée avec une étonnante retenue, qui préfère souvent le rire au drame, et où le fantastique se limite à quelques secondes d’hallucination. Car avec une telle réalité, Tim Burton n’a besoin d’aucun artifice : le drame de Margaret évoque tous les thèmes qui lui sont chers. Le monstre qui sommeille en chacun de nous. La machine à broyer de la reconnaissance. L’injustice du talent. La quête irraisonnée de la reconnaissance. Et puis surtout, qu’est-ce que l’art ? Qui décide si c’est abject ou magnifique ? Car au fil de cette comédie dramatique, Tim Burton parvient à la fois à se payer la tête des élites de l’art, et à conforter la noblesse de leur vocation. C’est fort. Dans la famille Burton, Big Eyes est un beau monstre de plus, et peut-être un des plus sincères dans son expression. Plus discret, surement, mais pas moins pertinent. Reste à deviner si Burton se sent plus proche de Margaret ou de Walter. À moins qu’il ne soit, sur l’une des toiles, un de ces enfants aux yeux grands ouvert, impuissant à changer son destin stéréotypé…

Cette chronique appartient au FocusBlog consacré à Big Eyes: https://bigeyesfocusblog.wordpress.com/

Informations supplémentaires et coup d’oeil du margouillat

BigeyesAfficheL’avis du margouillat : En racontant une des plus remarquables escroqueries du monde de l’art, Tim Burton n’a plus besoin d’artifice tant il tient son sujet. Porté par un duo d’acteurs impeccables, le terrible mensonge des Keane évoque une époque, un drame intime, mais permet surtout de peintre un portrait au vitriol de la notion de talent et d’art. Pertinent, passionnant et malicieusement subversif.

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Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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