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Braddock America

 
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Fiche Technique
 

Millésime: 12 mars 2014
 
Réalisateur: Jean-Loïc Portron et Gabriella Kessler
 
Nationalité: Française
 
Genre:
 
Mise en scène
7.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.3
7.3/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Le constat est implacable, et les témoignages sont délivrés avec émotion.

C'est un peu faible...


Les points les plus pertinents interviennent en fin de développement.


Posté le 12 mars 2014 par

 
Chronique
 
 

Braddock , la fière ville de l’acier américain n’est plus qu’une coquille vide, oubliée et méprisée. En donnant la parole à ceux qui refusent de partir, ce solide documentaire ressuscite un passé marquant, et invite à réfléchir sur l’avenir de la désindustrialisation.

Braddock est une petite ville dépeuplée de Pennsylvanie, riche de maisons en ruine et de commerces fermés. Difficile d’imaginer que ce petit coin du nord-est des États-Unis fut un symbole de la grande Histoire des USA. Historiquement, c’est là qu’une cuisante défaite de l’armée anglaise face à un petit contingent de Français et d’indiens fait naître les prémisses de ce qui allait devenir la guerre d’indépendance. Un siècle plus tard, c’est là que le milliardaire Andrew Carnegie fonde la première aciérie de son empire, l’acier qui allait bâtir les buildings et les ponts, puis les armes de la guerre. Terre d’immigrants, la fournaise de Braddock devint à la fois la fierté d’une industrie de pointe, mais aussi la terre des combats sociaux où le droit des travailleurs se gagnait dans le sang. Braddock a toujours été un territoire de combat. C’est un nom qui résonne encore à la mémoire des Américains : cela n’a rien d‘un hasard si Scott Cooper y a planté ses caméras pour réaliser Les brasiers de la colère. Déserté par les industriels et les institutions, Braddock a été dépouillé d’un passé que ses habitants refusent de voir disparaître. Associant archives familiales, images d’époque et interview des habitants, et sans trop encombrer son développement d’une esthétique agréable,  le duo de réalisateurs retrace le destin de cette ville à part, dresse le portrait de ses habitants, de leur rôle dans la richesse du pays, avant de se concentrer sur ses efforts pour faire perdurer une communauté oubliée de tous.

La parole de ces sacrifiés est forte, lucide. Elle raconte le passé avec émotion et énonce avec pertinence les causes du mal qui ronge l’Amérique. Personne n’ignore à Braddock les méfaits de la crise ni ses causes. Les grands patrons et un système privilégiant le profit à tout prix sont les premiers accusés. La façon dont Braddock a été rayé de la carte, et les moyens rudimentaires dont les habitants sont dotés pour résister sont particulièrement révélateurs d’un bouleversement social profond. Ca n’est pas le premier documentaire à témoigner brillamment d’un rêve américain en lambeau, du désastre d’une crise mondiale, mais en plus du caractère symbolique de cette ville très particulière, ce témoignage du fond de la tombe prend tout son sens dans ses derniers développements. Après tout, au-delà des images d’Epinal d’un âge d’or, la tendresse évanouie d’un passé révolu, quel héritage laisse cette mémoire des banlieues populaires et des lotissements ouvriers ? Une mise en garde pleine de justesse. Alors que la communauté s’efforce de retrouver une dignité, une légitimité, ses membres se projettent dans l’avenir. Par delà la rage de l’injustice, la colère du mépris, chacun songe à ses enfants et annonce des temps douloureux, dangereux, violents. Face à ce qui s’apparente à une véritable reprise en main d’une classe dirigeante plus puissante que jamais, les nouvelles générations devront se battre pour conserver ou plus souvent reconquérir certains droits, gagnés de haute lutte par leurs parents et grands-parents. Un message d’alerte qu’il serait dangereux de sous-estimer…

Informations supplémentaires et l’avis Inoxydable du Margouillat

braddock_americaL’avis du Margouillat : Argument supplémentaire dans la grande autopsie de la crise mondiale, ce documentaire se focalise avec le recul d’une équipe française sur l’éradication d’un des symboles ouvriers de l’âge d’or des États-Unis. Un constat sans concession qui, par la pertinence des témoignages, permet de voir plus loin que cette ville sacrifiée.

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Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...