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Dalton Trumbo

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 27 avril 2016
 
Réalisateur: Jay Roach
 
Acteur: Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren, Louis C.K. ...
 
Nationalité: Américain
 
Genre: ,
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
9.0


 
Musique
8.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
8.3
8.3/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Passionnant, restituant l'époque comme les évènements, ce film est aussi une consécration pour le génial Bryan Cranston.

C'est un peu faible...


Une affiche étrangement dénuée d'audace ou de parti-pris. Un comble pour un pareil personnage !


0
Posté le 2 mai 2016 par

 
Chronique
 
 

 

dalton Affiche

G

râce au petit miracle Skype, le Bryan Cranston qui est venu nous présenter son dernier film avait l’envergure d’un titan de comics. Une tête de deux mètres de haut qui faisait tout l’écran, et répondait patiemment à toutes les questions, mesurée et réfléchie. Mais après tout, ça n’est pas de trop pour un acteur de cette envergure, dont l’humanité est à la hauteur de son talent. Pour vous en convaincre, n’hésitez pas à visionner sa séance de question/réponse avec les spectateurs de la salle, organisée par les bons soins d’UGC. Il s’y montre un excellent porte-parole pour un film bien plus que réussi. Car Dalton Trumbo est un film important. Évoquer le destin de l’auteur de Johnny got is gun, c’est illustrer l’une des plus noires périodes des États-Unis d’après-guerre. Spectaculaire expression d’un fanatisme sociétal, c’est un cas d’école pour saisir ce qu’une démocratie peut devenir, pour peu qu’elle soit abandonnée entre les mains de quelques-uns, lorsqu’ils sont obsédés par une haine, que ce soit par conviction ou par calcul. Lorsque Russie et Usa se sont partagés le monde, les alliés de la guerre sont devenus les adversaires de la guerre froide. Et le communisme une maladie dont il fallait récurer la fière Amérique. Grâce à l’acharnement de créatures médiatiques et politiques, comme le sénateur McCarthy, chevalier de l’anticommunisme primaire ou Hedda Hopper, reine des ragots hollywoodiens au pouvoir démesuré, des milliers de vies vont être jetées en pâture à la haine et la défiance parfaitement instrumentalisées d’un peuple américain élevé dans la paranoïa. Cela n’est pas un hasard si cette chasse aux sorcières est particulièrement marquante non pas dans un hémicycle institutionnel, mais en gangrenant l’usine à rêve d’Hollywood, la religion la plus populaire. On y trouve alors des progressistes acharnés, communistes revendiqués ou sympathisants, menés notamment par un scénariste de renom et auteur primé, Dalton Trumbo. Il sera en tête de la Liste Noire des pestiférés écartés des plateaux, mis en prison sans avoir commis le moindre crime.

À ce stade, il est aisé de pointer les gentils et les méchants dans ce drame historique aberrant. Mais le film de Jay Roach ne se contente pas d’être un procès à charge. Il entend, par cet exemple marquant, illustrer ce qui nourrit ce genre de dérive, en résonance avec ce que nous connaissons dans nos sociétés. Il est vrai que si Roach a été révélé par la trilogie Austin Power,  il s’est imposé avec ses documentaires comme un expert dans l’art d’interroger sur la récente histoire politique des USA. Cette fois, Roach s’attache à brosser le portrait d’un personnage stupéfiant et complexe, une véritable contradiction vivante. Militant communiste, orateur enflammé et débatteur acharné, ce bourreau de travail de Trumbo est aussi un père de famille aimant, un patriote convaincu, et un homme riche, doté d’un humour et d’un talent ravageur. Avec un personnage d’une pareille envergure et un destin aussi passionnant, pas besoin de grossir le trait. Au contraire, tout nous est raconté par le prisme de son intimité familiale. Un choix précieux qui permet de tout remettre en perspective. Et c’est parce qu’il replace chaque évènement dans son contexte que ce film sait être aussi accessible et pertinent. On découvre bien sûr les sombres coulisses d’Hollywood, les aberrations d’un système, le traumatisme d’un tel acharnement. Mais en suivant le chemin de croix de cet auteur de génie, le film explore et expose les périls majeurs qui planent sur les démocraties, toujours à la merci des ambitions et des dérives. Au fil du procès qu’un certain establishment fait à Trumbo et ses pairs, se dessinent tous les travers des tyrannies qui sommeillent toujours. Et ses armes bien connues. L’usage de la peur, le caractère déterminant de la délation dans cette escalade, le prix de la liberté d’expression, la notion de justice, comment manier l’information et utiliser les foules, comment casser les résistances et comment se délitent les convictions.. Ce qui fait la force du film comme de son héros, c’est qu’au-delà des positions politiques, cet esprit brillant résiste et se bat avec des armes qu’on ne peut lui prendre : l‘amour pour son pays autant que son idéal, et bien sûr son génie. Interdis d’exercer son art pendant plus de 10 ans, Trumbo va ruser, écrire en corsaire avec des prête-noms,  et pour survivre et se battre, constituer un véritable réseau de scénaristes clandestins. Une résistance qui prendra des allures de consécration  puisque, contraint à l’anonymat, Trumbo sera deux fois récompensé d’un Oscar et signera quelques-uns des plus gros succès de son temps (Exodus, Spartacus, Les clameurs se sont tues…). Alors que dans le même temps, le Mccarthysme et ses moyens délirants n’auront jamais pu démontrer l’existence du moindre complot contre l’Amérique… Élégant, intelligent, sensible, s’attachant à montrer l’homme sous tous ses aspects, et très judicieusement dépourvu de rancœur, ce film est assurément un magnifique hommage fait au génial auteur dont il porte le nom.  Mais c’est aussi un passionnant outil pédagogique, et un récit particulièrement prenant, riche d’acteurs impeccables. John Goodman nous régale en producteur de nanars, Louis C.K. se montre très touchant dans le rôle du scénariste Arlen Hird, Michael Stuhlbarg et David James Elliott arriveraient à nous piéger avec leur incarnation de Edward G Robinson et John Wayne, Elle Fanning est toujours aussi juste, et Helen Mirren magistrale en vipère absolue, la redoutable Hedda. Soutenu par le charme de Diane Lane, Bryan Cranston est le chef d’orchestre de cette reconstitution très soignée. Passant du registre du Tyran à l’émotion la plus bouleversante, Cranston est simplement génial. Dalton Trumbo le film est un objet de résistante et d’intelligence, une évocation très moderne des dangers qui pèsent sur toute démocratie, et l’occasion de préciser le rôle de certains lors de cette triste période. C’est aussi une poignante déclaration d’amour au cinéma. Ou comment une industrie aussi futile que celle du cinéma s’impose parfois comme un rouage essentiel de la liberté d’expression et de la créativité…


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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