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De l’autre côté de la porte

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 11 mars 2015
 
Réalisateur: Laurence Thrush
 
Acteur: Kenta Negishi, Kento Oguri, Masako Innami, Sadatsugu Kudo
 
Nationalité: japonais
 
Genre:
 
Mise en scène
7.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
6.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
6.8
6.8/10


Note des lecteurs
3 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


Sans jamais se montrer voyeur, le film décrypte les codes de la société japonaise au cœur d'une famille déchirée par cette absence volontaire.

C'est un peu faible...


La sobriété du ton et la rigueur de la réalisation sont très japonaises, ce qui peut tempérer la juste émotion qu'implique un pareil sujet.


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Posté le 12 mars 2015 par

 
Chronique
 
 

Hiroshi rentre de l’école et s’enferme dans sa chambre. Il refuse dès lors d’en sortir, laissant sa famille désemparée. Hiroshi est un hikikomori… Difficile de croire que ce regard respectueux et intime sur la famille japonaise soit l’oeuvre d’un Occidental. Révélant une inquiétante dérive de la société nippone, Laurence Thrush cerne une jeunesse incapable de supporter plus longtemps le poids des conventions. Touchant, pertinent et passionnant.

H

iroshi et son petit frère se rendent à l’école. Plus tard, Hiroshi se rendra à ses cours du soir, avant de retrouver cette mère dévouée, ce père qui rentre si tard. La tranquille routine d’une famille de la banlieue de Tokyo. Mais Hiroshi ne suit plus. Il sèche les cours, s’égare dans la ville, parle un peu à des inconnus. Puis un jour, il refuse de sortir de sa chambre. Communiquant par de rares papiers glissés sous la porte, il ne sortira plus. Les mois deviennent des années… Ce sont en majorité des garçons. Certains ne sortent pas pendant des mois. D’autres pendants des années dans les cas les plus critiques. La détresse, parfois accompagnée de violence, est considérée au mieux comme un caprice, au pire comme un trouble psychiatrique. Le fonctionnement de la société, la honte des familles, le désarroi de parents démunis entretiennent le silence autour de ces « hikikomoris ». Mais cela n’a pas freiné le phénomène, pour l’heure cantonné à la société japonaise. Ils sont aujourd’hui prêt d’un million. Fasciné par un reportage de la BBC, le réalisateur Laurence Thrush, réputé pour ses clips et ses publicités primées, décide d’en faire la matière de son premier long métrage. Et au lieu d’opter en toute logique pour un documentaire, il décide d’en tourner une fiction. Sa détermination à respecter dans sa mise en image la culture japonaise, mais aussi la souffrance de ces jeunes japonais, est remarquable. Proche de la précision et du dépouillement du cinéma japonais, Thrush choisit de tourner en noir et blanc pour ajouter à la distance d’avec le sujet, mais aussi pour nous tenir loin de cette société aux couleurs explosives. Un contraste révélateur…

Pour obtenir la meilleure expression de la réalité , Thrush ne dirige que des acteurs amateurs, pour la plupart concernés par ce drame. Des membres de famille ayant vécu ce drame, des professionnels de l’éducation ou d’anciens Hikikomoris, comme le jeune Kenta Negishi qui incarne Hiroshi. Sans sombrer dans la démonstration scientifique, nous épargnant toute digression, il signe un récit en deux temps. Confrontée à des questions sans réponse, la famille va d’abord s’efforcer de vivre avec ce fantôme de fils dont elle entend les pas, avant de lentement se fragmenter dans la douleur. Prenant soin de ne pas mettre en scène le drame de Hiroshi, Thrush montre cette famille qui sombre, et autour d’elle une société cloisonnée qui gère le problème en l’évacuant. Dans un second temps, il suit la mère d’Hiroshi cherchant de l’aide, qu’elle trouvera auprès des rares professionnels se consacrant à ces autistes sociaux. Commence alors une autre routine, une parole pour renouer ce contact que la société semble incapable d’entretenir avec sa jeunesse. Par de régulières conversations à sens unique, le jeune peut grappiller les réponses aux questions qui l’ont mené à cet isolement. Il lui est alors possible de sortir de sa chambre, et de revenir à une vie normale. Lorsque l’isolement se mesure en années, la meilleure solution est souvent une chambre dans une maison d‘accueil pensée pour eux… Membre d’une ONG qui se consacre dans la réalité à ces jeunes oubliés du système, Sadatsugu Kudo joue lui-même le rôle de ce clinicien. Et invite le spectateur à écouter ces jeunes hikikomoris. Sincère, pudique, De l’autre côté de la porte livre un regard fort sur une jeunesse qui n’en peut plus. Une évocation très forte, portée par une caméra méticuleuse et des acteurs touchants. Une histoire qui bouscule et invite à se poser énormément de questions…

Informations supplémentaires et avis du margouillat

AfficheDelautrecotedelaporteL’avis du margouillat

D’un côté, Laurence Thrush prouve que l’on peut saisir le Japon avec un respect total pour sa culture sans y appartenir. De l’autre, il évoque un « bug » du système social nippon qui a tout du pur cauchemar pour n’importe quel parent. Inquiétant, fort, et bigrement évocateur de la violence que nos sociétés opèrent sur les plus jeunes d’entre nous…

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Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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