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En pays cannibale

 
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Fiche Technique
 

Millésime: 2013
 
Réalisateur: Alexandre Villeret
 
Acteur: Axel Philippon, David Saracino, Ivan Cori
 
Nationalité: Français
 
Genre:
 
Mise en scène
6.0


 
Scénario
6.5


 
Musique
6.0


 
Emotion
6.5


 
Notre note
6.3
6.3/10


Note des lecteurs
2 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


On ne garde pas de ce noir et blanc soigné que le souvenir d'une quête gratuite de l'excès, mais un sacré désespoir. Du pur indé à découvrir.

C'est un peu faible...


Des héros qui n'arrêtent pas de se repoudrer le nez !


Posté le 1 juillet 2013 par

 
Chronique
 
 

Collection de portraits déglingués et célébration pathétique des paradis très artificiels, En pays Cannibale est un intrigant ovni « indé », méchamment drôle et violemment désespéré.

M

ax ne s’est jamais remis d’un père parti trop vite et de façon bien trop moche. Le gosse paumé est devenu un dealer apprécié, coutumier des livraisons dans la grande et délirante variété des consommateurs de la capitale. Mais dans le chaos de sa vie, Max tient enfin son grand projet : faire un film de sa vie de dealer. Ou plus exactement de deux de ses journées, les 48 heures à venir. Pour cela, il lui faut convaincre l’un de ses habitués, Lenny, réalisateur raté mais preneur de tête. Pour le son, il a déjà Yoann, un étudiant timide se doutant à peine de ce qui l’attend. Sitôt la micro-équipe rassemblée, Max part faire ses livraisons, filmé non-stop. Alors que la caméra enchaîne les rencontres les plus improbables avec les situations périlleuses, une certaine Joséphine vient ajouter sa jalousie pathologique à la galerie de portraits sous cocaïne…

Une célébration cruelle et sans illusion de l’excès et du glauque, entre provoc et dépravation

En pays cannibale est un film indépendant, férocement indépendant. Ne serait-ce que par la personnalité de ses concepteurs. Retrouvant le pays de son célèbre papa, Alexandre Villeret a conclu ses longues études New-Yorkaises en se spécialisant dans la captation de concerts et de pièces de théâtre. Lorsqu’il rencontre Aymeric de Heurtaumont, écrivain et scénariste au non moins curieux parcours, les deux se découvrent une complicité de création et fondent Takamaté Films, histoire de faire des films qui leur ressemble et seulement à leur façon. Après avoir participé à la production du film allemand Heavy Girls avec son partenaire Commune Image Media, le duo se lance dans son premier projet autoproduit. Un film de sales gosses, tourné à l’arrache, désespéré et très noir, mais étrangement attachant. Nourri d’une sale fascination pour la faune qui vit en marge du Paris officiel, celle des défoncés, des fêtards compulsifs, des extraterrestres du shoot, En pays cannibale porte bien son curieux titre.
Trop désespéré pour être une glorification, à la limite de l’invitation, c’est une célébration cruelle et sans illusion de l’excès et du glauque, entre provoc et dépravation. Un pays cannibale qui se dévore lui-même, comme on bouffe la vie par les deux bouts pour oublier qu’il pourrait y avoir un lendemain. Avec la promesse inévitable d’une atroce gueule de bois.

Bâti sur un rude héritage paternel mâtiné de tendance suicidaire qui n’est forcément pas innocent, En pays cannibale est un film destroy, une sorte de Trainspotting parisien riche d’un plaisant festival de tronches. Collection attendrie par un agréable noir et blanc qui ramène aux films d’auteurs et aux dialogues ciselés. De fait, nos gaillards s’offrent des conversations décalées souvent réjouissantes. Dans le rôle de Max, Axel Philippon fait un ange déchu convaincant, surtout escorté par David Saracino dans le rôle de Lenny et Ivan Coriu dans celui de Yoann, tous deux épatants. Parmi la joyeuse brochette de tronches qui vient garnir le pèlerinage de Max à « défonceland », on a beaucoup de plaisir à retrouver Jo Prestia, incontournable dans le rôle de Angelo. Assumant sa fascination pour le marginal et le monstrueux, pour ne pas dire le glauque, En pays cannibale souffre parfois de longueurs sur certains personnage, notamment Joséphine la psychopathe, assez délicate à amener dans l’histoire. Mais faire partager l’ivresse de la nuit qui n’en finit pas, la dimension de la défonce et de la folie, c’est toujours très délicat. Le film y parvient cependant à plusieurs reprise, limitant la lassitude du foutraque grâce à sa direction d’acteur. Conçu, réalisé, produit et distribué de façon originale, ce drôle d’objet filmique revendique un nihilisme sans concession, plutôt rare à une époque où la timidité de caractère amène trop souvent au consensuel. À voir, à supporter pour certains, mais à découvrir de toute façon pour faire connaissance avec une équipe prometteuse.

Informations supplémentaires et l’avis carnassier du Margouillat

enpayscannibaleL’avis du Margouillat : Avec son humour et son goût immodéré pour le glauque, En pays cannibale se nourrit de tout ce que les autres évitent de montrer.

Sites : En pays cannibale 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...