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Enemy

 
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Fiche Technique
 

Millésime: 27 août 2013
 
Réalisateur: Denis Villeneuve
 
Acteur: Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sarah Gadon, Isabella Rosselini…
 
Nationalité: Canadienne, Espagnole
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
8.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.8
7.8/10


Note des lecteurs
2 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


Réalisation au cordeau, interprétation parfaite, ce vertige psychologique est aussi audacieux que redoutable.

C'est un peu faible...


S’il égare certains, le symbolisme du film peut aussi lasser ceux que la lenteur de l’intrigue rebuterait…


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Posté le 27 août 2014 par

 
Chronique
 
 

Denis Villeneuve a toujours su se démarquer avec intelligence. Il ose cette fois une intrigue complexe et fascinante qui invite le spectateur à sortir de la passivité, à fouiller le récit sans relâche pour décrypter ce portrait psychologique tourmenté. Si elle est exigeante, l’expérience est absolument passionnante.

Un sage professeur d’histoire se découvre un sosie parfait, acteur dans un film. Remontant la piste de ce jumeau, il finit par le rencontrer… Lorsque Shyamalan saupoudre sa passionnante intrigue du Sixième sens d’indices visuels, comme la récurrente couleur rouge, il balise son énigme pour que l’explication du mystère soit au final lumineuse. En ce sens, aussi génial soit-il, son chef-d’oeuvre reste confortable, d’une complexité très accessible. Le choix de Villeneuve est très différent. Prenant bien soin d’éviter les certitudes, il construit un portrait psychologique trouble, un dédale identitaire qui joue autant avec l’équilibre de ses personnages que notre irrépressible besoin d’explication. S’il semble s’attacher à une narration classique, il élabore en fait un chaos psychologique piégeant et jamais directif, un grand nombre d’éléments et de liens entre ces éléments, abandonnant au spectateur le soin d’y trouver un sens. Un jeu raffiné, passablement pervers, qui pourra en frustrer plus d’un. Denis Villeneuve avait annoncé la couleur en déclarant aux futurs spectateurs qu’il s’agissait d’un film « qui se veut ludique, qui est là pour jouer avec leur perception, leurs émotions et qu’il faut décortiquer. C’est une énigme ». Mais pas une énigme qui n’a qu’une solution. Pour parvenir à une interprétation plausible, nous ne disposons essentiellement que d’une photo, d’une clef dans une enveloppe, et des paroles d’une mère… Et même parvenu à ce stade, tout reste aléatoire, ouvert à bien des interprétations. Et c’est bien là le génie de Denis Villeneuve. Horripilant ou magnifique, son Enemy dépasse en ambition Incendies ou Prisoners, et la passion qui anime les débats en réaction à son film sont significatives de son impact. La toile – encore une…- regorge d’analyses passionnantes, qui ont souvent demandé à leurs auteurs de revoir plusieurs fois le film. Très complète, celle de Chris Stuckmann, reste une de nos favorites, même si elle fait le choix de conclusions un peu trop définitives. Comme des centaines d‘autres, par son acharnement à décrypter l’énigme de Adam et Anthony, Stuckmann démontre que Enemy est de ces films qui marquent, obsèdent, et s’adresse à un public qui se plait à sortir du simple rôle de spectateur.

Il est intéressant de savoir que les conceptions de Enemy et Prisoners ont été quasiment parallèles, le réalisateur ayant signé pour les deux tournages la même semaine. Dans quelle mesure le travail sur l’un a nourri l’autre, il serait intéressant de le définir. Le point commun qui s’impose est bien sur la présence de Jake Gyllenhaal, absolument formidable dans ce double rôle. Ses nuances d’interprétations suffisent à nourrir nos doutes. Introspectif, exploratoire, Enemy utilise l’argument de cette rencontre absurde pour pénétrer les égarements d’un esprit qui décroche. Piégé dans la toile de ses propres tentations, se débattant contre ses obsessions, Adam cède sous la pression de ses angoisses jusqu’à faire basculer sa santé mentale. Au final, que reste-t-il de vrai dans tout ce qui nous est montré ? Lequel de ces personnages, laquelle de ces conversations est plus « réelle » que cette araignée titanesque enjambant les immeubles de Toronto ? Peut-être aucun. Villeneuve s’attache à rendre chaque indice fuyant jusqu’à son final choc, usant d’un symbolisme dont il faut aussi se méfier. Car tout du long, il joue avec notre attention, et s’amuse de notre impatience à voir ce type si sympa trouver une réponse à ses questions, et retourner enfin à la normalité. A se demander si, au-delà de la psyché de Adam, le réalisateur n’aurait pas pour ambition première de nous faire vivre l’expérience du vertige, ce vertige qui l’avait inspiré à la lecture du livre de José Saramago, L’autre comme moi, qu’il adapte ici. Réalisant avec méticulosité autour d’acteurs laissés libres d’improviser, mesurant avec précision la chimie de ce chaos annoncé, Villeneuve signe un film brillant et ambitieux. Un diamant noir de cinéma, illustrant avec magnétisme la terrible fatalité d’une âme prise au piège lorsque l’on est soi-même son pire ennemi.

Informations supplémentaire et l’avis du margouillat

enemyL’avis du Margouillat : La situation de départ n’est qu’un prétexte, un accès au chaos de l’identité d’un homme vacillant au bord de la folie. Et c’est à la pertinence du spectateur que Denis Villeneuve abandonne le soin de recouper les indices, d’interpréter les scènes. Un jeu complexe, exigeant, fascinant, qui vous entraine loin au cœur de vos propres réflexions. Pas des plus facile, mais très impressionnant.

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Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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