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Hannah Arendt

 
hannah arendt
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Fiche Technique
 

Millésime: 2013
 
Réalisateur: Margarethe Von Trotta
 
Acteur: Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer
 
Nationalité: Allemand, Français
 
Genre: ,
 
Mise en scène
08.0


 
Scénario
09.0


 
Musique
07.0


 
Emotion
08.0


 
Notre note
8.0
8/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Le portrait d'une femme exceptionnelle dans un scénario remarquablement ficelé.

C'est un peu faible...


Peut-être un peu trop académique, lui reprocheront certains.


Posté le 30 avril 2013 par

 
Chronique
 
 

Portrait d’une femme exceptionnelle, témoignage d’une intégrité de pensée face à l’émotion des évènements, ce film frappe autant par sa qualité que par la portée de ses arguments. Barbabra Sukowa est impressionnante.

C

elle qui fut l’élève et l’amante du grand Heideger, qui échappa au régime nazi et aux camps de concentration pour se réfugier aux États-Unis, est désormais un esprit respecté, un auteur admiré cité en référence, une philosophe dont l’enseignement est très recherché. Et comme tous les membres de la communauté allemande de New York, Hannah Arendt est bouleversée par la nouvelle qui tombe en cette année 1961. Adolf Eichmann, le grand ordonnateur des déportations pour Hitler, a été capturé par l’état juif. Il sera bientôt traduit devant une cours de justice, à Jérusalem, pour répondre de ses crimes. Un procès hautement symbolique qui est aussi pour beaucoup la promesse d’être à nouveau confronté au souvenir des horreurs qu’ils ont du fuir. Si la douleur est inévitable, la philosophe n’hésite pas longtemps devant la proposition du New Yorker de couvrir le procès. Abandonnant quelques jours son mari adoré et complice indispensable, Heinrich Blücher, elle part assister à toute la procédure, décortiquant chaque procès verbal. Inflexible et foncièrement indépendante, l’image qu’elle donnera après mure réflexion de ce procès déclenchera une vague de colère à son encontre, et marquera à tout jamais la notion même de crime contre l’humanité…

La démarche est ardue, mais le récit de la réalisatrice, co-écrit avec Pam Katz est brillant et au final très accessible

Reprenant méticuleusement les faits, ce film raconte un épisode marquant mais probablement sous-estimé de l’après guerre, de la vision de la Shoah, de la prise de conscience de la notion de crime et de criminel, surtout lorsqu’il fait référence à l’un des carnages les plus effroyables de notre histoire. Mais l’intérêt de ce récit dépasse le simple cadre historique. En dressant le portrait fascinant de Hannah Arendt, Margarethe Von Trotta évoque la notion d’indépendance de pensée, de l’intégrité d’un esprit incapable de compromission, quitte à se détacher volontairement de l’émotion pour se consacrer à la démarche philosophique. Une leçon de courage qui fut terrible pour son auteur… Le procès Eichmann est pour les survivants de l’holocauste et les témoins de la seconde guerre mondiale une étape symbolique, une cérémonie de justice dont le but informel est de faire le procès du nazisme dans toute son horreur. Mais là où chacun attend de faire le deuil de tant d’épreuve, l’inflexible Hannah Arendt assiste à un tout autre spectacle. Elle reproche une forme qui manque de rigueur, un usage maladroit de terribles témoignages. Et surtout, à la place de l’accusé, du monstre censé personnifier le mal absolu, elle découvre un homme insignifiant, d’une médiocrité effarante. Pire encore, la philosophe ne manquera pas de rappeler comment la soumission et parfois la complicité de certaines autorités juives auront indirectement participé au désastre…

Le film fait le récit des quatre années pendant lesquelles la philosophe souffrira d’attaques d’une rare violence pour ne pas avoir participé à l’émotion mondiale. Méprisée par une partie des intellectuels américains, menacée par l’état juif, il faudra attendre pour que la portée de sa réflexion soit comprise. De son point de vue, la sagesse à retenir de cet événement était toute autre, synthétisée par une formule désormais célèbre, la notion de « banalité du mal ». Incarné par Eichmann, cette banalité caractérise tous ces anonymes qui pour avoir obéis aveuglément, pour avoir renoncé à penser, à assumer, pour avoir renoncé à être des êtres humains, sont devenus des monstres. La démarche est ardue, mais le récit de la réalisatrice, co-écrit avec Pam Katz – scénariste de Remembrance de Anna Justice – est brillant et au final très accessible. Surtout avec ce point d’orgue audacieux : un exposé final de 8 minutes exécuté par la philosophe dans un amphithéâtre bondé. Vibrant d’une sensibilité féminine – l’équipe technique est en grande majorité composée de femmes – la philosophe gagne avec ce film un statut d’héroïne de cinéma qui lui convient fort bien, son passé étant intelligemment évoqué par de justes flashbacks. Mais c’est bien l’ambition philosophique du récit qui étonne et passionne. En tête d’un casting impeccable, Barbara Sukowa, complice de longue date de la réalisatrice – elle fut sa Rosa Luxembourg – s’impose dans une de ses plus remarquables compositions. Il va sans dure qu’un film pareil s’impose pour tout amateur de philosophie même débutant, et a donné matière à un dossier pédagogique à la disposition des enseignants (www.zerodeconduite.net). Un film qui mérite amplement ses nombreuses récompenses !

Informations supplémentaires et l’avis si peu philosophique du Margouillat

hannah arendtL’avis du Margouillat : Autant qu’on puisse en juger en qualité de non historien, le film semble aussi honnête avec les faits que bien documenté. Barbara Sokuwa est étonnante de justesse.

Site : http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt, pour en avoir un peu plus sur cette femme incroyablement forte.

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...