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Interview de Nicole Holofcener, réalisatrice et scénariste de All About Albert

 

Posté le 25 mars 2014 par

Comme pour chacun de vos films, on se demande toujours si vos personnages ne sont pas inspirés de votre vie, de vos proches. Aviez-vous déjà rencontré Eva et Albert dans la vraie vie ?
NH : Je dirais que certains personnages sont vaguement inspirés de personnes que je connais. Je dois admettre que Albert a les qualités d’un de mes petits amis. Je ne peux pas dire qu’il EST Albert, mais il en est très proche. Pour les autres personnages, c’est un amalgame d’amis et d’idées. Marianne par exemple n’est pas quelqu’un que j’ai rencontré, mais j’imagine parfaitement avoir un coup de cœur pour une femme comme celle-là, j’aime l’idée qu’une personne comme elle devienne mon ami. Mais vous savez, c’est après avoir vu le film que des similarités inconscientes me sont apparues…

C’est après que vous avez réalisé de qui vous vous étiez inspirée ?
NH : Oui ! Et on se dit « Oh mon dieu, celui-là c’est untel, et celui-là untel ! J’espère que je ne vais pas avoir de problème… »

Est-ce que chacun de vos films est un écho de votre expérience, des étapes de votre vie ?
NH : Je suppose. Un écho distordu, pas du tout littéral. Par exemple, mes enfants n’ont pas encore quitté le collège, mais c’est quelque chose qui me préoccupe. Un reflet de ce qui se passé dans ma tête.

All about Albert ne serait-il pas le film qui vous est le plus proche ?
NH : Je pense que Walking and Talking, mon premier film, est définitivement le plus proche de moi. Il y a aussi de gros morceaux de moi dans La beauté du geste. Et Lovely & Amazing. En fait, je crois que je suis un peu partout dans mes films !

C’est une question abominable de toute façon. Après tout ce sont tous vos enfants !
NH : Absolument ! Comment choisir !

Avec All about Albert, vos héros ont pris quelques années. Pensez vous que des personnages dans leur cinquantaine et plus ont enfin droit à des vies sentimentales crédibles sur grand écran ? Les mentalités ont assez évolué pour cela ?
NH : Oui et non. Je veux dire que les gens comme moi, dans leur cinquantaine, veulent voir de plus en plus de films qui les concernent. Mais je sais que le fils de mon compagnon, un ado, trouve que c’est terriblement dégoutant de voir des personnes de cet âge s’embrasser !… Ça n’est pas grave, c’est naturel, j’imagine. Et puis ça n’est pas mon audience. Maintenant, mon film n’est pas un blockbuster, je doute qu’il change quoi que ce soit à cet ordre des choses !

À part Catherine Keener qui semble indissociable de vos projets, comment avez-vous choisi vos acteurs ? Ce choix vous a été dicté dès l’écriture, ou cela a été plus compliqué ?
NH : Définitivement plus compliqué hélas ! Vous savez, le studio a été impliqué dans les choix dès le début du projet. J’avais des idées lors de l’écriture, mais les noms vont et viennent entre le service marketing, la production, moi-même, et il faut composer avec qui est libre, qui ne l’est pas. Comme il était question d’un couple, parfois le studio était d’accord pour la femme, mais pas pour l’homme…    Cela a pris beaucoup de temps pour que ce puzzle fonctionne !

Et comment s’est opéré le choix final ?
NH : Je ne connaissais pas Julia avant le casting. Nous avons déjeuné ensemble pour voir ce qui lui plaisait, mais elle avait adoré le script, et on s’est tellement bien entendu que j’ai vite deviné qu’elle serait formidable pour le rôle. Et cela a été pareil pour James. Je ne l’avais jamais rencontré auparavant, mais j’avais terriblement envie de travailler avec lui

Et quand avez-vous su que Julia-Louis Dreyfus serait la parfaite Eva et James Gandolfini un Albert idéal ?
NH : Quand nous nous sommes retrouvés ensemble pour la première fois. Quand je les ai présentés l’un à l’autre. J’ai immédiatement remarqué la chimie qu’il y avait entre eux, comment ils se faisaient rire. C’est là que je les ai entendus lire mes dialogues pour la première fois. C’était excitant, et les nœuds de mon estomac ont soudain disparu. Ce fut un moment formidable.

Entendre votre texte prendre vie, c’est la délivrance que vous attendez à chaque film ?
NH : C’est tellement d’émotion ! Surtout lorsqu’il s’agit d’acteurs d’une telle qualité. Je n’arrive pas à croire que des artistes d’une telle envergure sont assis sur mon canapé en train de lire mes mots. Ca je ne m’en lasse pas.


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...