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Interview de Peter de Seve et Alex Juhasz

 

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Posté le 4 août 2015 par

Quelle est votre histoire personnelle avec le Petit Prince ?
Alex Juhasz : j’ai découvert le livre avec mon équipe. À propos, je suis Alex Juhasz, character designer pour la partie stop motion ! Des amis m’ont présenté le livre. En fait, ils ont insisté pour que je le lise. Et j’ai découvert un récit où les thèmes des crises existentielles étaient très importants, c’est comme ça que mon histoire a commencé avec le petit monsieur…

Peter de Seve : Je suis Peter de Seve, character designer de la partie CGI, la partie du monde réel. Et en fait, quand j’étais enfant, je crois que l’on nous a présenté le livre en classe de français, quand j’étais en 7th grade (équivalent du CM2). Et je n’y ai pas été sensible. Je n’arrivais pas à l’appréhender, c’était trop philosophique, trop politique. Je ne l’ai pas compris. Pour que je retente l’expérience, il a fallu attendre que Mark me contacte pour rejoindre son équipe pour ce film. Et j’ai réalisé ce que j’avais raté, parce que c’est un bouquin magnifique. Il y a tellement à y trouver pour soi. Et je pense que plus que jamais, il sait nous parler de ce qui est important, de ce dans quoi il ne faut pas se perdre. Ma relation avec le livre est très récente, presque une découverte. Et j’en suis ravi.

L’expérience du Petit Prince demande une certaine maturité ?
PdS : Je pense que le Petit Prince a beaucoup à dire sur la maturité, et pour ce qui est de reconnaitre ce qui est important.
AJ : Beaucoup de gens relisent le livre quand ils ont un passage difficile. Surtout parmi les adultes. « Je n’aime pas mon boulot, j’ai envie de changer de vie… ». Relire le Petit Prince ça n’est pas vraiment un signe de maturité, c’est plutôt une façon de se souvenir de ce qui est important, et de reconsidérer tout ça.

Commet avez-vous travaillé ensemble pour que vos deux techniques se complètent si bien ?
AJ : Et bien nous avons travaillé de façon… complètement séparée !
PdS : En fait, nous nous sommes rencontrés seulement hier ! Alors, cela semble logique que nous soyons parvenus à créer deux univers totalement différents, comme deux bulles indépendantes.
AJ : Le lien, c’est le livre. Notre point de référence. C’est comme si nous avions parcouru deux autoroutes parallèles.

Vu le résultat à l’écran, cela semble incroyable que vous ne vous soyez jamais rencontrés !
Pds : Oui, c’est génial ! Pour mark, c’était est un concept très délicat à présenter et à vendre. Je pense qu’il doit être très soulagé que le résultat soit perçu de cette façon.
AJ : et c’est… la clef du succès du film !

Par quelle magie se fait-il que vous soyez tellement en phase sans vous être concertés ?
PdS : C’est vrai, c’est assez dingue. Je suppose que c’est à mettre au crédit de Mark. C’est le chef d’orchestre, et il a coordonné tout pour que ces deux mondes soient en contact, se répondent.
AJ : C’était la vision de Mark pour ce film, il voulait que ces univers différents ne soient qu’une seule et unique idée.

Vous avec senti le moment précis où vous teniez sous votre crayon votre petit prince, votre petite fille ?
AJ : oh oui. Vous le savez. C’est toujours différent parce que vous réalisez des tas de dessins, et certains semblent plus vivants. En fait, vous savez quand vous avez un bon dessin, vous le sentez !

Pds : Oui ! Parfois cela arrive totalement par hasard, surtout quand on enchaîne les esquisses relativement informelles. Et comme cela, je découvre des choses par accident. Par intuition. Il arrive que cela se trouve dans un seul dessin, alors je m’efforce de reproduire ce qui se passe dans ce dessin précis… et je n’y arrive pas forcément ! Mais parfois il suffit d’avoir ce seul et unique dessin pour toucher au but. On sait que l’on tient quelque chose et que c’est là-dessus qu’il faut revenir.

Les dessins très simples de Saint-Exupéry étaient votre matière de base. Était-ce une limite ou une inspiration ?
PdS :  Pour ce qui me concerne, parce que la plupart des personnages sur lesquels j’ai travaillé n’étaient pas directement extraits du livre orignal, j’avais une plus grande liberté. Même s’il fallait que je garde le livre en tête. J’ai même fait des recherches pour la stop motion avant même qu’ils aient trouvé qui s’en occuperait je crois. J’ai vraiment pu explorer l’univers de Saint-Exupéry, mais comme je devais aussi imaginer les personnages du livre dans leur version du « vrai monde », je devais lui rester fidèle, le comprendre. C’était passionnant de déchiffrer les illustrations de Saint-Exupéry, car elles ne sont jamais constantes. Les personnages changent d’une page à une autre, et parfois il est difficile de s’en faire une idée précise. Par exemple, il y a l’allumeur de réverbères. Je ne sais toujours pas s’il porte un chapeau ou si ce sont ses cheveux ! Cela a dû être plus contraignant pour toi…
AJ : Je devais travailler en étant très proche des illustrations du livre. Mais pour ce qui est de parler de limite ou d’inspiration, je dirais les deux. C’est très bien d’avoir des limites! J’étais inspiré par la nécessité de rester fidèle à cette résonnance émotionnelle, mais aussi par l’aspect esthétique, cette approche artistique naïve. C’était essentiel. Travailler dans les limites de cette simplicité, c’est un créneau passionnant, un challenge à relever. Alors oui, c’était délicat, mais au final, on se retrouve avec un design épuré qui, je l’espère, car c’est mon but, rappellera au spectateur le Petit Prince qu’ils gardent dans leur mémoire et dans leur cœur. C’est ma vision personnelle, mais j’espère qu’il sera ressenti comme cela,

 Comment êtes-vous parvenus à créer des mondes sans référence culturelle ou temporelle flagrante.
PdS : Je ne sais pas ! Ça n’est pas entièrement sans référence temporelle. C’est assurément du 20e siècle.
AJ : C’est un monde moderne, mais l’aviateur est super vieux. Du genre 100 ou 110 ans !
PdS : C’est vrai ! Et je ne dirais pas que j’ai créé la petite fille sans la moindre référence culturelle. Chaque fois que je le pouvais, j’essayais d’intégrer quelque chose de français en elle, dans son costume. J’ai regardé ce que les écolières portaient ici, ce qui n’est pas trop différent de certaines écoles privées aux USA. J’ai regardé tout cela, et puis j’étais en contact avec des amis français qui vivent ici, à paris, et qui ont des filles juste du bon âge. Ils m’envoyaient des photos et c’était très utile. Il s’y trouvait quelque chose de subtilement français que j’ai pu apporter au personnage…

Après tous ces personnages créés, lequel est votre favori ?
AJ : j’aime vraiment beaucoup l’homme vaniteux, dont Ricky Gervais a fait la voix en VO. Anthony Scott, notre Lead Designer, a fait un boulot magnifique, et tout particulièrement avec cette marionnette-là. C’était magnifique. Chaque fois que je la vois, Je l’aime vraiment beaucoup.
PdS : Pour moi ça n’est pas le même… c’est ma réponse à la question ! J’ai vu la petite fille et l’aviateur, et entre les deux, j’aime vraiment l’aviateur. Mais je n’ai pas vu le reste, alors je ne sais pas comment les autres personnages fonctionnent !

Vous voulez dire que vous n’avez pas encore vu le film ?
AM : C’est le problème, je ne l’ai pas vu ! Eh oui, c’est atrocement injuste ! Il n’est sorti nulle part, ils l’ont montré à Cannes, mais je n’ai pas pu venir. Le monde entier l’a vu et pas moi… mais j’en entends beaucoup de bien !

Vengez-vous. C’est comment de travailler avec Mark Osborne ?
Pde : Travailler avec Mark ? J’avais peur que quelqu’un me pose cette question… non, je blague. C’est quelqu’un de délicieux. J’ai travaillé avec beaucoup de monde, et des gens formidables, mais Mark a vraiment su m’inspirer pour ce projet. C’était vraiment un travail d‘amour, de passion. Il a réussi à le porter dans des conditions très difficiles. Je me sens honoré et reconnaissant d’avoir pu travailler avec lui.
AM : J’aime Mark ! … Non vraiment, Mark est fantastique. C’est un vrai honneur de faire partie d’un projet pareil. Ce qu’il peut apporter avec sa passion est incroyable. Je ne sais pas si c’est pareil pour toi, mais il m’a donné énormément de confiance en moi en me laissant la liberté de trouver les personnages avec mes propres idées…


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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