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Kumbh Mela, Sur Les Rives Du Fleuve Sacré

 
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Fiche Technique
 

Millésime: Août 2014
 
Réalisateur: Pan Nalin
 
Nationalité: Indienne, Française
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.5
7.5/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


L’immersion est totale, et les personnages choisis pour nous inviter dans cette immensité sont terriblement attachants.

C'est un peu faible...


Bien qu’éclairant sur la notion de foi hindouiste, on se sent encore démuni par notre inculture pour tout comprendre !


0
Posté le 9 août 2014 par

 
Chronique
 
 

Pan Nalin déteste faire la différence entre films de fiction et documentaires : les deux racontent des histoires en recréant la vie. Mais parfois, en saisissant l’évènement, le documentaire peut mieux qu’aucune fiction représenter une culture, une mentalité, une philosophie. Ce portrait personnel de la foi, foisonnant et magnifique, est une porte ouverte sur l’Inde. Remarquable.

L

e Kumbh Mela se tient à un endroit sacré, au confluent de trois rivières, le Triveni Sangam. On y vient pour sa laver de ses pêchés, se libérer du cercle des réincarnations. Un pèlerinage comme il n’en existe aucun autre sur la planète, qui réunit tous les 12 ans sur les bords du Gange de 70 à 100 millions d’Hindous. Pendant un mois et demi, c’est une ville titanesque qui sort de terre près d’Allahabad. Un assemblage hétéroclite de tentes, de campements, abreuvé jour et nuit de messages par les 70 000 haut-parleurs. Un défi à la raison dont tous les chiffres dépassent l’entendement. Certains jours, les bains rituels réunissent jusqu’à 7 millions de pèlerins dans les eaux du Gange. C’est pour incarner une image de la foi que le réalisateur Pan Nalin a voulu saisir ce chaos magnifique, conscient que la religion dans nos sociétés est instrumentalisée, détournée, réduite à une source de fanatisme, un bien de consommation, un pilier politique. Pan Nalin est convaincu que le sens de la foi est à retrouver parmi les plus démunis, les plus humbles. Et le Kumbh Mela est leur « spectacle », une célébration de la foi qui ne connait aucun équivalent, irrationnel et bouleversant. Pan Nalin fait lui-même acte d’humilité en s’effaçant derrière le documentaire, dépendant de ce à quoi il assiste, incapable d’anticiper. «  On ne maitrise rien. C’est une sensation absolument édifiante » dit-il. Et le tournage lui-même ajoute à la démesure des chiffres, certaines scènes ayant demandé un tournage sans interruption de 72 heures…

Kumbh Mela est spectaculaire, et la qualité de ses images est remarquable. Pour toute référence esthétique, Pan Nalin cite les travaux en macrophotographie de l’artiste Natasha De Betak, sa costumière attitrée pour Samsara et La vallée des fleurs. Ce qui est à vrai dire cohérent, car dans cette immensité délirante, c’est bien un exercice au microscope auquel Pan Nalin se livre. En choisissant plusieurs destins, en les suivant dans la plus proche intimité, il ramène toute la folie de l’évènement à une dimension humaine, presque anecdotique, et totalement bouleversante. Il y a Kishan, gavroche effronté et fugueur accompli, adopté par les flics comme les sages, et qui du haut de ses dix ans hésite à devenir chef de la mafia ou sage Sâdhu. Des Sadhus comme Vivekanadji et Umeshji, qui philosophent et observent le monde entre deux bouffées de marijuana. Il y a Mamta Devi et Sonu, qui ont perdu leur fils de trois ans dans cette marée effarante, et le cherchent sans relâche, tenaillés par la peur. Et puis il y a ce magnifique Baba Hatha Yogi, cet ermite retiré du monde depuis bien longtemps, et qui se voit contraint d’y retourner contre son gré. Voici trois ans, l’ascète a trouvé un bébé, et à défaut de retrouver sa famille, il se consacre à la mission de l’élever affectueusement pour lui donner le meilleur des avenirs dans ce monde si troublé…

Le spectacle est hypnotique, un chaos de vies, tonitruant et balayé de bourrasques de couleurs. Mais parce que Pan Nalin a choisi l’humain dans l’évènement, il nous le rend peu à peu compréhensible. On discerne parfois comment cette cohue se structure, comment s’organise les croyances, ce que chacun vient chercher. Des coulisses économiques de l’évènement, des clivages sociaux, Pan Nalin ne fait pas mention, mais cette vision est la sienne et, quand bien même serait-elle idéalisée, elle livre une réflexion sincère sur l’accomplissement de soit, ce choix et cette lucidité qui appartient à chacun.

De conversations en confidences, de coup de cœur en contemplation, d’émotions en rires, on devine une notion de foi irrationnelle, partagée, bienveillante, généreuse, centrée sur l’accomplissement personnel, et d’une étonnante liberté. Pan Nalin saisit même, pour nous occidentaux, cette désarmante sagesse que l’on prend pour de l’indolence, et qui a tout à voir avec cette philosophie qui habite les hindous. Une notion de la destinée que l’on peut grossièrement résumer ainsi : ce qui doit s’accomplir s’accomplira de toute façon, sans effort, et ce qui ne se fait pas ne devait simplement pas arriver… On en sort les yeux embués, secoués par cette expérience déroutante et la bouffée d’humanité soufflée en riant sur nous par tous ces personnages si loin de notre culture. À voir et à méditer, que l’on soit croyant ou pas.

Informations supplémentaires et l’avis du Margouillat

kumbh-melaL’avis du Margouillat : En capturant l’évènement mystique le plus démesuré de la planète, Pan Nalin fait plus que cerner une notion spécifique de la foi, qui dépasse souvent la simple notion de religion. Par la multiplication des personnages et l’habileté du montage, c’est un instantané de la société Hindou qu’il nous délivre, un témoignage personnel, mais d’une exceptionnelle qualité.


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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