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La méthode Chomet en Live

 
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Fiche Technique
 

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C'est du lourd...


Entrevue, avec Sylvain Chomet, réalisateur et scénariste, et la présence précieuse de Claudie Ossard, sa productrice.


Posté le 31 octobre 2013 par

Vous venez de l’animation, où tout est rigueur et anticipation. Attila Marcel a été conçu très différemment. Pas de Storyboard ?
Sylvain Chomet : Non, pas de story-board, j’ai fait ça par dialogue. Je me suis lâché parce que cela faisait deux films et demi que je faisais des films muets ! Et j’aime énormément écrire des dialogues, j’en faisais beaucoup en bande dessinée, Léon la Came est très bavard. Du coup je me suis fait plaisir, parce que je savais que ça allait être joué par des acteurs. Ce que j’ai donné à Claudie Ossard, c’est un script de continuité dialogué de 200 pages
Claudie Ossard : Pour compléter ce que dit Sylvain, j’ai été très contente qu’il ne fasse pas de story-board. Parce que j’ai déjà fait plusieurs films avec des story-boards, et quelque part, c’est contraignant. Cela donne plus de vie au film que s’il avait été prédécoupé, la caméra est plus en mouvement…
SC : Et puis je n’aurais rien appris ! Le story-board, je sais faire. On le met en mouvement et on a un dessin animé, c’est le principe. Là je voulais d’abord travailler les dialogues avec des acteurs. C’est ce qui est si génial avec un film en vue réelle. En animation on dessine tout ce que l’on veut, mais on ne peut jamais marcher dans un décor, saisir les objets. Là, c’est un plaisir de rentrer sur un plateau, on est à l’intérieur de ses fantasmes, des objets inventés pour le film, et c’est là que l’on place la caméra. Il faut être dans le film.
CO : Et puis ce film a une espère de réalité…
SC : c’est très réaliste !
CO : Oui, c’est vrai que c’est une histoire bizarre, peut-être pas toujours vraisemblable, mais le fait que Sylvain l’ait traitée avec autant d’humanité et de naturel fait que l’on rentre dans l’histoire et que l’on y croit, vous ne croyez pas ?
SC : C’est axé sur les acteurs, pas du tout sur le visuel. Même s’il y a une sensibilité qui est la mienne. Comme tous les gens qui viennent du dessin en général, on ne voit pas le cadre de la même façon que quelqu’un qui a commencé par la caméra. La plus grande découverte pour moi ce sont les acteurs, travailler avec eux et prendre tout ce qu’ils apportent.

Attila Marcel

Guillaume Gouix a cette qualité,
il est très bavard des yeux

Même quand le héros ne parle pas ?
SC : Bien vu ! Mais les dialogues, cela ne veut pas dire forcément du son ! Guillaume Gouix a cette qualité, il est très bavard des yeux ! Et c’est pour ça qu’on l’a choisit. Il a énormément de choses à dire à travers le regard et pour ce rôle il était parfait. Parce que là, on a les deux (montrant l’affiche du film) et beaucoup de gens ne se sont pas rendu compte qu’il s’agissait du même acteur… Et ce que Guillaume dit par rapport au fait de ne pas parler, c’est que lorsqu’un acteur dit les dialogues, il a un retour. Il s’entend, il est capable de juger de vérifier. Là il ne pouvait pas savoir. Alors, il venait me voir tout le temps pour savoir si c’était bien, pour être rassuré. Tous les dialogues que je n’ai pas écrits passent au travers ses yeux.
CO : Ce que dit aussi Guillaume, c’est que quand on ne parle pas, on ne peut pas mentir
SC : Ouais !! Mais ça, c’est des phrases d’acteurs… on les connaît…

Guillaume Gouix ou comment être autant Paul que Attila…
SC : Le personnage est venu très tard. On avait le souci d’avoir deux personnages. Attila qui est un mec viril, et puis Paul un petit gars étriqué avec la mèche au milieu, ce n’était pas simple de passer de l’un à l’autre… C’est vrai que l’on aurait pu prendre deux acteurs, mais je trouvais cela intéressant qu’un acteur joue les deux personnages. Et on avait ce problème de trouver quelqu’un qui pouvait assurer les deux. On a fait un bout d’essai avec quatre jeunes comédiens, qui étaient peut-être physiquement plus proches de l’idée que l’on avait de Paul au départ. Ils étaient très bien, mais ils n’avaient pas cette qualité de regard. Quand Guillaume est venu faire le casting, il ne faisait absolument rien, et on ne pouvait pas s’empêcher de le regarder… Après le petit costume étriqué, les mocassins et la raie au milieu ce n’est pas compliqué ! Encore que la raie au milieu, avec ses cheveux, ce n’était pas évident… Quand on a découvert Guillaume, et cette envie qu’il avait de faire le film, à partir de ce moment tout s’est mis à tourner autour de lui. Tout devenait logique.

Un rôle muet, et beaucoup d’improvisation ?
SC :
Nous répétions avant, et puis Guillaume proposait. Il a fait des choses qui, je pensais, ne fonctionneraient pas dans le script et seraient coupée au montage, mais que l’on a finalement utilisé. Des tes de choses qui étaient très intéressantes ! La scène où il se passe les mains sur le visage, c’est venu de lui et ça a été ensuite très utile… C’est certainement celui qui avait le plus d’improvisation, et c’est pour cela que je dis qu’à mon avis, il a écrit ses dialogues. À lui de passer par le langage des yeux et du corps. Bien que Paul ne soit pas un personnage très expansif… mais Guillaume s’est éclaté avec la scène du catch !

Une chorégraphie de « lutte dansée » exécutée avec Fanny Touron, sa compagne. Est-ce un hasard ?
SC :
Quand Guillaume a eu le rôle, il m’a demandé « Avez-vous déjà une actrice pour la mère de Paul ? » j’ai dit non, et il me dit « Ben moi, ma copine… » Genre le mec super gonflé ! Je me suis dit oh non pas ça… Et puis j’ai rencontré Fanny un soir dans un café, et elle était absolument idéale. Elle avait tout le physique. Par rapport à Guillaume elle est plus petite, ce qui était formidable. Et ils font du rock acrobatique ensemble, il a donc l’habitude de la faire tourner au-dessus de sa tête ! Et puis c’est une chanteuse très touchante, et une super actrice. En fait, on a eu un package avec Guillaume ! Et puis ils sont enthousiastes, ils aiment le cinéma, et ils font du théâtre. C’est un film où il y a beaucoup de comédiens venant du théâtre, j’adore ça. Ils apportent la même fraîcheur que des acteurs confirmés comme Hélène Vincent, Bernadette Lafont ou Jean-Claude Dreyfus. Mais il ne faut pas se tromper, Guillaume à quand même 15 ans de métier !

Attila Marcel Anne Le Ny

L’inspiration du personnage venait de Yolande Moreau, le potager c’est Yolande.

Comment Anne le Ny devint Madame Proust ?
SC : Madame Proust, c’est une longue histoire. Je travaillais sur L’Illusionniste, j’étais en Écosse, et j’ai écrit le script en pensant à Yolande Moreau qui devait jouer Madame Proust. Et puis finalement, ça n’a pas pu se faire à cause des délais. Entre finir l’illusionniste et commencer le montage financier de celui-là, on a perdu Yolande. Et Claudie n’osait pas me le dire !
CO : c’est vrai ! Il fallait que je le lui annonce avec une solution. Et en même temps que l’on a trouvé Guillaume, j’ai proposé Anne Le Ny.
SC : Et c’était génial. L’inspiration du personnage venait de Yolande Moreau, le potager c’est Yolande. Parce qu’elle a réellement un potager, pas dans son appartement, mais dans son jardin en Normandie. Et c’est vraiment une femme de la terre. Ce que Anne n’est pas du tout ! C’est ça qui est très drôle ! On le remarque dans le film, quand elle touche de la terre. Yolande la prendrait à pleine main, elle pas du tout… Anne a repensé complètement le personnage, sachant très bien qu’il avait été conçu pour Yolande. Elle me touche. Elle est féminine, une femme universelle, à la fois sœur, confidente, amie et mère.

Une actrice caméléon qui est aussi une réalisatrice. Y a-t-il eu des interactions derrière la caméra ?
SC :
Non, pas d’interaction, elle est venue avec un personnage très posé. Elle m’a dit, « tu verras je suis pas chiante comme comédienne » et on s’est entendu à peu près tout le temps. Sauf pour une scène ! Ça vient de son truc avec la terre. Quand Paul se réveille de sa première séance, elle lui amène des légumes, bien terreux, les sort du sac pour les lui montrer. Et elle ne voulait pas ! Je l’ai forcé ! Après elle a dû aller se laver les mains.


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...