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La Reine des neiges – Interview Jennifer Lee, Peter Del Vecho

 

Posté le 15 décembre 2013 par

Retrouvez notre Interview de Jennifer Lee et Peter Del Vecho sur notre chaîne YouTube.

Ce conte d’Andersen à donné du fil à retordre a plus d’un scénariste de Disney. Qu’est-ce qui a fait la différence pour La Reine des neiges ?
Jennifer Lee : Je sais qu’il y a eu beaucoup d’équipes qui s’y sont essayées au fil des années. C’est un conte qu’il est très difficile de raconter de façon cinématographique. C’est poétique symbolique, mais rien d’aussi concret que ne l’exige un film. Trouver comment aborder cette histoire était sûrement le plus grand challenge.
Peter Del Vecho : Je pense que pour ce film, prendre Elsa et lui inventer une relation avec Anna, en faire des sœurs nous a vraiment aidé à construire le film. Cela nous a donné une clef émotionnelle pour raconter l’aventure dans laquelle elles s’engagent.

Toutes les petites filles rêvent d’être princesses, et cette fois vous en avez mis deux en vedette. Mais il y a un prix à payer ! Qu’est-il arrivé au prince charmant ?
JL : on ne saurait le dire ! Avec La reine des neiges, nous avons cherché le grand amour, mais d’une façon différente. Le thème majeur c’est le pouvoir de l’amour sur la peur. Et si nous l’avons illustré au travers d’une famille, la part d’amour est toujours un amour romantique. Nous avons peut-être un peu bousculé les choses…
PdV : C’est comme dans la vraie vie, il y a plusieurs options parmi lesquelles nous pouvons choisir. Les gens sont toujours plus complexes qu’on ne l’imagine lorsqu’on les rencontre…

Le Prince charmant a-t-il encore sa place ?
JL : je crois qu’il y a toujours une place pour le prince charmant ! L’une des choses que nous avons faites avec ce film c’est de réfléchir à une… différente interprétation du prince charmant

Deux princesses, c’est une première pour Disney, mais une femme derrière la caméra aussi ! A-t-il été difficile pour vous de vous imposer dans ce monde d’homme ?
JL : je dirais pas du tout en ce qui me concerne. Je suis arrivé chez Disney pour Les mondes de Ralph, et la moitié de mon équipe d’écriture était composée de femmes. Il y a beaucoup de femmes qui intègrent les équipes d’animation chez Disney, je n’en étais donc pas consciente. Et c’est plusieurs mois après avoir commencé la réalisation que j’ai appris que j’étais la première femme à ce poste ! Je me suis dit que c’était un signe des temps. Je me suis énormément amusée à faire le film, et en tant que femme j’ai pu avancer certaines nuances
PdV : Curieusement, surtout sur les personnages masculins !
JL : Oui : Chaque fois que je me disais que ça n’était pas à la hauteur, je poussais les personnages plus loin. Il y a eu beaucoup de rires. Les différences que j’ai pu apporter étaient toujours des trucs drôles !

La reine des neiges a été coréalisée par Jennifer Lee et Chris Buck. Comment composer un pareil duo ?
PdV : Pendant que Jen travaillait sur les mondes de Ralph, elle faisait tellement de remarques intéressantes sur La reine des Neiges que nous avons fini par lui demander de nous rejoindre pour écrire le film. Et il est devenu très vite évident que Chris Buck et Jen avaient la même vision du film en dépit de sensibilités différentes. Ils travaillaient vraiment très bien ensemble. Il était facile de les imaginer à égalité comme coréalisateurs
JL : Chris et moi plaisantions sur le fait que nous ne nous sommes jamais disputés.
Lui : Oh… peut-être une ou feux fois…
Elle : Vraiment ? Est-ce que j’ai gagné ?
Lui : Comme tu disais, tu arrives toujours avec une troisième solution qui est souvent meilleure que les deux précédentes.

Pas de Disney sans seconds rôles comiques. Comment est né Olaf ?
JL : C’est amusant parce que Chris Buck est un formidable animateur. Et il a tout de suite dit « j’adorerais faire un bonhomme de neige qui tombe en pièce et peut se remonter ! ». C’était comme un rêve d’animateur. J’ai dû faire la « méchante » et insister sur le fait que le personnage devait apporter vraiment au film, pas seulement être un second rôle. Alors j’ai vraiment insisté sur l’histoire, sur ce que devait être le rôle de Olaf et notre réflexion sur le thème de l’amour contre la peur. Lorsque les petites filles construisent Olaf dans une version non magique, c’est ce qu’il représente : l’amour éternel. Et quand Elsa fait de Olaf un personnage magique, il incarne cette même personnalité qui remonte à l’enfance. On a eu tellement de plaisir avec ce personnage !
PdV : ce que j’aime avec ce personnage, c’est qu’il n’apporte pas seulement beaucoup de comédie, mais à cause de tout cela, il apporte aussi beaucoup d’émotion, de coeur !

Et comment est né Sven ?
JL : Sven ? On s’est beaucoup amusé avec Sven parce qu’on a d’abord dû découvrir les rennes. On se demandait : à quoi ressemblent-ils ? Comment pensent-ils ? Nous en avons observé beaucoup, nous en avons ramené aux studios… On les voyait un peu comme des vaches en plus malignes, et l’éleveur nous a dit… presque ! Ils ne s’expriment pas beaucoup. Ils se frottent les oreilles un peu comme les chiens. Alors nous sommes partis sur l’idée du meilleur ami de l’homme, mais d’une façon différente. C’est un film Disney, mais ça n’est pas un animal qui parle. Nous avons déjà un bonhomme de neige qui parle. Et certains d’entre nous parlent parfois à la place de leurs animaux de compagnie. Chris Buck le fait. Pas moi ! Mais ça a été une inspiration et on s’est dit « Et si Kristoff parlait pour Sven » ? Une façon d’exprimer ce que Sven pense. On s’est bien éclaté.

Personne n’a adopté le renne ?
PdV : Non ! Il avait déjà une maison à lui !

La reine des neiges comporte deux particularités techniques. Si c’est un dessin animé en image de synthèse, vous avez pourtant conservé l’usage de l’animation traditionnelle.
PdV : C’est ce que j’adore avec l’animation chez Disney, c’est comme d’avoir des tas de palettes différentes parmi lesquelles choisir. Nous avons de grands animateurs traditionnels, de grands spécialistes du CGI, et ils collaborent à merveille. En animation classique par exemple nous avons Mark Henn, qui est un génial animateur de la 2D Disney qui a travaillé côte à côte avec notre équipe d’animateurs. Il était là pour dessiner et être sûr que nous obtenions la meilleure animation possible. Dans notre département effets spéciaux, nous avions beaucoup d’animateurs venant de la 2D, qui ont contribué à donner au film son style, tout particulièrement la magie de Elsa
JL : Dans le rendu final, une grande part de la magie de Elsa a été dessinée à la main et conçu d’après cela. Nous voulions un film en CGI, parce que Chris et moi voulions que le spectateur soit transporté dès la première image. Et avec le format immense du Scope, nous avons choisi le CGI comme palette principale. Mais nous sommes tous deux amoureux de l’animation 2D, celle avec laquelle nous avons grandi, et on lui doit beaucoup de ce style, de cette expression qui fait que le trait est crédible, vivant, mais par réaliste. On voulait cela. On voulait que cela reste dans le film.

L’autre particularité de votre film est d’avoir réuni vos acteurs pour l’enregistrement des voix, à l’inverse de ce qui se fait habituellement.
JL : Nous l’avons fait particulièrement pour Anna et Elsa, parce qu’en tant que soeurs elles partagent une relation tellement forte. Et aussi pour Anne et Hans, pour travailler ce rapport romantique. Ils chantent ensemble. Nous avons essayé à chaque fois que nous en avions besoin, émotionnellement.
PdV : Nous avons utilisé les deux techniques. Nous les avons enregistrés séparément, et puis ensemble. Il y a quelque chose de vraiment magique qui se passe quand vous permettez aux deux acteurs de jouer ensemble, quelque chose de très spécial.

Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?
JL : je ne sais pas !


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...