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La saga des Conti

 
La saga des conti
La saga des conti
La saga des conti

 
Fiche Technique
 

Millésime: 2013
 
Réalisateur: Jérôme Palteau
 
Acteur: Xavier Mathieu
 
Nationalité: Française
 
Genre:
 
Mise en scène
8.5


 
Scénario
10


 
Musique
6.0


 
Emotion
9.0


 
Notre note
8.4
8.4/10


Note des lecteurs
8 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


Cette plongée dans la lutte ouvrière préfère la sobriété au pathos, le message n'en passe que mieux.

C'est un peu faible...


On s'étonne après coup qu'un tel exploit n'ait pas plus servi de précédent aux conflits qui ont suivis.


0
Posté le 22 mars 2013 par

 
Chronique
 
 

Si le combat des Conti a souvent fait la Une, le grand public n’a peut-être pas pris toute la mesure d’une pareille croisade. Un documentaire-témoignage révélateur.

D

epuis 75 ans dans la région, l’usine de pneus fait partie du paysage et reste l’un des trois plus gros employeur. Englebert, puis Uniroyal et désormais Continental, elle dégage des bénéfices consistants, et on y met au point de nouvelles machines flambants neuves, de nouveaux modes de production. Pourtant, le 11 mars 2009, les employés de l’usine Continental apprennent que le site va fermer dans une année, au terme de laquelle ils seront licenciés pour motif économique. Entre incrédulité et colère, et en dépit d’une méconnaissance totale de ce type de combat, les salariés vont refuser la fatalité. Rejetant les conditions du plan annoncé par la direction, ils entendent faire valoir leur droit et négocier les conditions de départ des 1120 salariés concernés. Bataillant contre un groupe international hors d’atteinte, un gouvernement mal à l’aise, des médias aux aguets et des fédérations syndicales absentes, les Conti vont tout mettre en œuvre pour être entendu…

Des « Conti », on garde surtout en mémoire une préfecture saccagée et quelques personnalités qui dénotaient à l’heure des actualités par leur franc parler. Une vision bigrement réductrice au regard de ce film, version longue d’un documentaire précédemment diffusé sur la 3 dans un format 52 minutes. Habitant de Clairoix, Jérôme Palteau a voulu garder en mémoire la lutte de ces ouvriers confrontés à un combat perdu d’avance. Il envisageait d’ailleurs son reportage comme un documentaire sur la résignation. C’est en devenant familier de ces salariés, en découvrant leur motivation qu’il comprit à quel point la fin des Conti promettait d’être différente de ce qu’il avait imaginé. Il les a suivi pendant toute l’année précédant leur licenciement, ne ratant aucune des étapes majeures de leur combat pour s’asseoir enfin à une table de négociation. Car ce ne sont pas les motifs, extrêmement discutables et souvent nauséabonds de la fermeture de Clairoix par Continental qui sont ici remis en question. Le sujet est bien la réaction de salariés lambda refusant de sacrifier leur proche avenir aux caprices des marchés financiers. Reprenant la chronologie des évènements, les images sont instructives, nous dévoilant ce qui se dit après que les caméras des infos se taisent, les discussions avant les négociations. Les échanges pimentés alternent avec les remarques pleines de pertinence. On constate au passage à quel point la notion d’affrontement semble induite dans notre système, en comparaison d’une organisation allemande plus efficace, même si un mal identique frappe le monde ouvrier des deux pays. Le récit présente aussi des faits qui nous ont été présentés de façon très diverse par les médias. À l’image du charismatique Xavier Mathieu, le leader syndicaliste bouillonnant, on découvre à quel point aucun d’entre eux n’était préparé à cette odyssée, et surtout pas à cette échelle.

Habitant de Clairoix, Jérôme Palteau a voulu garder en mémoire la lutte de ces ouvriers confrontés à un combat perdu d’avance

Des salariés refusant d’être récupérés qui illustrent l’étrange discrétion des fédérations syndicales dans ce processus, même lorsque les Conti réussissent la prouesse d’organiser une énorme manifestation conjointe avec les ouvriers allemands, une première dans le genre… Entre pouvoir et pression médiatique, le film offre un éclairage instructif sur le jeu des composantes du monde du travail. Entre la valse-hésitation du gouvernement et l’attitude des patrons de Continental, la sale guerre des nerfs qu’ils subissent illustre parfaitement comment on peut, à l’usure ou en instrumentalisant les évènements, faire pourrir une situation comme celle-ci, ou la faire dégénérer. L’issue de l’aventure n’en est que plus rare. Essentiel dans cet instantané, l’élément humain permet avant tout de dessiner l’image d’un monde ouvrier lucide face au sacrifice dont il fait l’objet. Des hommes et femmes surtout en quête de dignité, de reconnaissance. L’un des participants compare cette croisade promise à l’échec à une véritable thérapie de groupe. Le mot est bien trouvé. Au fil de cette histoire unique, et jusqu’à leur victoire au goût amer, c’est le regard des acteurs qui interpelle le plus, les petites phrases qui marquent. Et on s’étonne après coup qu’un tel exploit n’ait pas plus servi de précédent aux conflits qui ont suivis. On peut regretter de ne pas avoir assez d’informations sur certains des acteurs de ce conflit, qu’il s’agisse du retraité expert en résistance venu prêter main forte ou des leaders de Continental. Mais le simple récit des évènements suffit à dresser un portrait pertinent du monde du travail et des forces qui se le partagent. Faisant écho à un idéal du travail qui disparaît, La saga des Conti annonce aussi un avenir, et accroche par sa lucidité. La conclusion de Mathieu sur l’équilibre entre les sommes dépensées pour le plan social et la notion de rentabilité en est une illustration lumineuse…

Informations supplémentaires et l’avis ouvrier du Margouillat

ContiL’avis du Margouillat : Pris dans un maelström médiatique et des réactions politiques à l’emporte pièce, cette énergie trouvée dans le désespoir se transforme en un bel orgueil ouvrier un peu trop oublié au profit du saccage d’une préfecture. Ce film remet les pendules à l’heure.

Site : http://www.lasagadesconti.com/

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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