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La tête haute

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 13 mai 2015
 
Réalisateur: Emmanuelle Bercot
 
Acteur: Catherine Deneuve, Benoit Magimel, Rod Parodot, Sara Forestier...
 
Nationalité: Français
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.5
7.5/10


Note des lecteurs
2 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


Un récit fort, qui sonne vrai, porté par des acteurs totalement au service de leur personnage.

C'est un peu faible...


Il y en a surement. Mais l'intensité du récit nous les a caché...


0
Posté le 20 mai 2015 par

 
Chronique
 
 

latetehaute afficheUne juge et un éducateur s’efforcent sans relâche de donner sa chance à Malony… Le regard n’est ni complaisant, ni caricatural, et le récit possède la force du témoignage. Un film juste porté par un beau casting, en tête duquel le jeune Rod Paradot apporte un talent brut indispensable à son personnage. Une très belle façon d’ouvrir le 68éme festival de Cannes.

E

lle commence sa carrière de juge pour enfant. Et l’un de ses premiers dossiers concerne une mère de famille incapable de gérer l’éducation de son aîné. Malony a 6 ans, et part dans la vie de la pire façon. Pendant les dix années qui vont suivre, la juge va tenter de sortir le gamin du cycle infernal de la délinquance. Avec Yann, un éducateur fidèle, ils vont assister à ce destin émaillé d’élans de violence, de trahisons, d’occasions ratées… La mère de Malony emploie une expression populaire à un moment important du film. Tout ce qui arrive, c’est « la faute à pas de chance ». Une inertie face à la fatalité qui semble impardonnable, mais à laquelle on se rend tous lorsque la vie d’un jeune garçon est totalement gangrenée par la haine, la colère, la peur, et en fait un asocial. Sauf certains, qui se substituent aux parents, à l’école, à la société, et s’échinent à améliorer l’intolérable, à donner un avenir à ceux qui n’en voient aucun. Sans juger ni enjoliver, sans disparaître dans l’analyse, le film colle aux pas hésitants de ce gamin dont la vie semble condamnée à l’échec, resituant le rôle de ceux qui lui tendent la main au passage. Marquée par un oncle directeur d’un camp pour délinquant au point d’avoir envisagé de devenir juge pour enfant, Emmanuelle Bercot coécrit avec Marcia Romano un scénario précis, très documenté, ou elle vise l’authenticité optimum. Elle a fait appel à de nombreux acteurs non professionnels, à part l’allure de Malony et les vêtements de la juge, très peu d’éléments viennent marquer le temps qui passe, et même la BO, toute de classique, nous épargne le cliché assommant du prévisible rap…

Du contraste, du sens, et une sincérité qui marque chaque image. Sans pathos ou grossir le trait, Bercot s’inscrit dans la justesse d’un naturalisme porté par Ken Loach, Tavernier ou Mike Leigh. Une retenue et une précision qui rend justice au jeu d’acteurs parfaitement immergés dans leur personnage. Au poste de Juge d’instruction, on se souvient forcément de la performance de Simone Signoret. Lucide mais pas cynique, Catherine Deneuve crée un personnage fort qui illustre parfaitement la relation d’amour et de haine qui peut exister ente un professionnel de la justice et un délinquant au fil de dix années d’allers-retours entre l’espoir et la consternation. Bras droit sur le terrain, Benoit Magimel apporte une émotion particulièrement séduisante, un indispensable miroir pour Malony et le spectateur. Un duo expert pour épauler un nouveau venu étonnant, dont le talent évident semble se densifier au fur et à mesure que son personnage prend de la maturité. Révélation du film par sa présence, sa rudesse épargnée par la technique apporte une vérité essentielle pour faire tenir ce personnage délicat. Reste à savoir si Rod Parandot trouvera les rôles qui lui permettront d’explorer ce potentiel fascinant. Des performances très fortes, parmi lesquelles il faut saluer celle de Sara Forestier, qui incarne la mère de Malony. De tous, c’était le personnage le plus glissant, le plus proche de la caricature. Elle parvient à distiller tout le venin et l’amour que cette mère peut donner à son enfant avec la même sincérité. On a envie de la gifler, et en même temps on s’en veut de le penser. Chacun apporte une facette au récit de ce destin. Qui refuse de s’abandonner au misérabilisme, mais nous épargne au final tout couplet donnant trop bonne conscience. Le choix avait surpris, mais La Tête Haute offre à Cannes une ouverture parfaite.


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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