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Le grand cahier

 
le grand_cahier
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Fiche Technique
 

Millésime: 19 Mars 2014
 
Réalisateur: Janos Szasz
 
Acteur: Laszlo et Andras Gyémant, Piroska Molnar, Ulrich Thomsen…
 
Nationalité: Hongroise
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
8.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.8
7.8/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Adapter ce monstre était un défi, y parvenir est une prouesse.


Posté le 19 mars 2014 par

 
Chronique
 
 

Quand le filtre de l’enfance est la seule protection face à la déshumanisation et aux épreuves, elle engendre d’autres monstres, pour survivre. Le grand cahier est un film éprouvant, puissant, riche de sens, et fidèle au monstre de livre qu’il adapte. Ce qui n’est pas sa moindre qualité.

P

our échapper à l’invasion nazie, deux frères jumeaux sont envoyés à la campagne chez une grand-mère abominable. Pour supporter les épreuves et survivre, les deux enfants vont trouver leurs propres valeurs. Une expérience qu’ils consignent consciencieusement dans un grand cahier… Le public du Grand cahier se partage en deux catégories assez facilement identifiables : ceux qui ont lu le livre de Agota Kristof et appréhendent de le retrouver sur grand écran, et les autres qui ont eu vent de sa réputation sulfureuse, et n’en sont pas moins inquiets. Un livre si dur, si pénible, si brillamment évocateur qu’il semblait improbable de le traduire en film sans tomber dans le piège des horreurs dont il fait la litanie. D’autres s’y étaient attaqué en vain et non des moindres : Thomas Vinterberg et Agnieszka Holland. Adoubé par l’auteure qui a suivi la production du film jusqu’à son décès en 2011, Szasz est parvenu à s’approprier ce monstre sans lui faire perdre sa force, signant une adaptation particulièrement intelligente. Si les enfants, martyrs parmi les anonymes, n’ont pas de nom, le pays du livre devient la Hongrie et le conflit celui de la seconde guerre mondiale. Une assise historique et géographique indispensable pour se consacrer aux terribles ravages de la guerre et des privations sur les individus, sans montrer la guerre elle-même. Le grand Cahier, premier volet d’une trilogie reconnue, n’est pas adapté intégralement. Les pires abus que subissent les garçons dans ce catalogue des perversions humaines nous sont épargnés. Un choix judicieux, tant ces scènes auraient handicapé le film dans sa démarche et sa justesse.

Sobre, précis, doté d’une étrange poésie, le film frappe par son atmosphère. Il évoque parfaitement l‘atroce dénuement de ces enfants abandonnés à eux-mêmes, comment l’humanité s’efface au fil des épreuves et comment les deux garçons survivent en devenant eux-mêmes des monstres, avec la lucidité et le pragmatisme d’une enfance utilisé comme un ultime rempart. Après l’excellent Les garçons Witman, Janos Szasz s’impose en expert dans l’art de dessiner l’adolescence en souffrance, le naufrage de l’enfance face aux tourments de l’âge adulte. Se passant judicieusement de toute digression esthétique pour se concentrer sur les seules pages du cahier, Szasz fait naitre une réelle tension, qui doit beaucoup à la qualité de ses comédiens. Dans le rôle atroce de la grand-mère, Piroska Molnar est effrayante de crédibilité. La plus belle trouvaille est assurément celle des deux jeunes garçons, Laszlo et Andras Gyémant. Venus d’une région très pauvre de Hongrie, la justesse de leur présence et la force de leur symbiose sont des éléments essentiels qui ne souffrent pas d’artifice. À leurs côtés, nous assistons au sacrifice de l’innocence. Un périple de la survie au cours duquel chaque personnage va subir une inexorable mutation, mais aussi chaque spectateur, confronté à sa définition de l’humanité, de la morale, du bien et de mal. Remarquable, et redoutable.

L’avis Mais c’est pas sûr du Margouillat

Le-Grand-CahierL’avis du Margouillat : On oublie trop souvent d’évoquer la guerre loin des champs de bataille. On y découvre un autre conflit assassin, celui du bien contre le mal, de la morale contre la survie. Intelligemment adapté du livre de Agota Kristof, ce Grand Cahier noue les tripes. On n’en sort pas indemne.

 

 

 

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...