Nos actus
 

Le président

 
Mise en scène
7.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
6.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.0
7/10


Note des lecteurs
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Posté le 17 mars 2015 par

 
Chronique
 
 

Quand la révolution renverse la dictature, le Président se retrouve seul avec son petit-fils. Déguisé en musicien de rue, sa fuite va l’obliger à contempler son œuvre… L’inspiration de Moshen Makhmalbaf est évidente, elle nous saute à la figure. Hautement symbolique, la déroute de son despote est une fable philosophique pour tout public, une réflexion dont la finalité idéaliste contraste avec sa volonté de réalisme.

L

e Président règne sans partage. Et il enseigne à son petit-fils le confort d’une telle puissance. Lorsque des agitateurs bousculent son autorité, il laisse partir sa famille mais reste pour assister à l’inévitable défaite des dissidents. Seul son petit-fils refuse par caprice de partir. Mais le temps de regagner le palais présidentiel, tout le pays sombre dans le chaos… Voilà presque dix ans que Moshen Makhmalbaf à quitté l’Iran pour vivre librement son art et sa vie. Depuis, il parcourt le monde avec sa famille pour tourner. Bouleversé par le destin des pays qui se sont débarrassés de leur dictateur ces dernières années, Makhmalbaf voulait revenir sur ces despotes déchus et leur héritage nauséabond : une haine, une colère qui mène trop souvent a plus de sang et de mort. Pour réaliser cette évocation, il s’est inventé un pays, plantant ses caméras en Géorgie. Qui n’est pas qu’un simple décor. Lambeau d’un URSS défunt entre Europe et Asie, la république bataille encore avec ses voisins et ses propres dissensions internes. Une cohérence que le réalisateur accroit en adoptant une équipe locale, mais aussi une sensibilité cinématographique qui n’est pas sans rappeler la tradition soviétique. Impossible à celui qui découvre cette fable cruelle de deviner que le réalisateur est iranien…

Précipitant le dictateur dans la fange du peuple, il oblige le tout-puissant à tracer sa route dans le malheur qu’il a provoqué et entretenu. Mais qu’il doit bien affronter lorsque ce petit-fils admiratif l’interroge. Soulignant les bassesses et les perversions, le périple s’enfonce dans l’horreur sans que l’on puisse accuser le narrateur d’en rajouter. Usant de façon avisée de moyens limités, profitant d’acteurs formidable – Misha Gomiashvili est remarquable dans le rôle du Président- Makhmalbaf dessine à la fois une peinture terrible de la nature humaine et une épopée des révolutions, trop souvent confrontée à l’impuissance de dépasser les épreuves passées. Chaque étape apporte son symbole, chargé d’émotion et de sens, et ajoute à la noirceur de l’ensemble. Plus le fuyard approche d’un hypothétique salut, plus il est obligé d’ouvrir les yeux. Et plus le film appuie les symboles, jusqu’à un final qui pourra apparaitre pesant pour certains, mais qui éclaire définitivement l’intention du réalisateur. Sa peinture d’une après dictature est hélas très réaliste, mais ce chemin de croix du maudit mène à une autre possibilité que détient le peuple : briser le cercle de la haine, pour enfin atteindre la liberté, la démocratie. Ces notions essentielles pour lesquelles Makhmalbaf a sacrifié ses racines. Epopée philosophique ou vœu pieu, le voyage cauchemardesque du despote et de son petit héritier vous attrape par son étrange humanité, et vous obsède par les questions qu’il pose.

Informations supplémentaires et avis du margouillat

LepresidentAfficheL’avis du margouillat : Makhmalbaf s’attaque à un énorme morceau. Un voyage à travers la cruauté et la décadence d’un empire qui s’écroule. Ou comment trouver dans les ruines l’espoir, la réponse aux dictateurs aveugles et à leurs victimes. Une œuvre sincère, forte et universelle.

site du réalisateur


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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