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L’épreuve

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 6 mai 2015
 
Réalisateur: Erik Poppe
 
Acteur: Juliette Binoche, Nikolaj Coster-Waldau, Lauryn Canny, Adrianna Cramer-Curtis
 
Nationalité: norvégien, irlandais, suédois
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.3
7.3/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


L'évocation est forte, l'image soignée, et le propos porté par l'intensité de jeu de Juliette Binoche

C'est un peu faible...


L'histoire personnelle ne permet peut-être pas d'évoquer toute la réalité du terrain. Mais ça n'est pas le propos du réalisateur.


0
Posté le 5 mai 2015 par

 
Chronique
 
 

RECTO L'EPREUVE.inddPhotographe de guerre renommée, Rebecca a cette fois frôlé la mort. De retour à sa famille, elle mesure l’épreuve qu’elle impose aux siens… Pour évoquer le métier de reporter photographe qui fut le sien, Erik Poppe replace cette vocation périlleuse au cœur d’une famille, et remonte l’onde de choc. L’évocation est esthétique mais l’intrigue est forte, le propos intelligent, et la performance de Juliette Binoche une fois de plus captivante.

R

ebecca est une des meilleures. Partout où la terre brûle, où l’humanité se consume, elle doit témoigner, dénoncer. Même s’il faut pour cela suivre le cérémonial atroce d’une kamikaze. Une mission sacrée stoppée net par une explosion, dont elle constatera la déflagration sur sa propre famille… Le photographe de guerre est une entité à part. Il va partout où il ne faut pas aller pour que nous puissions voir de nos yeux. Il est le témoin de la folie des hommes, et en même temps la quintessence du risque, de l’engagement. Une vocation d’absolue qu’il est difficile de concevoir avec l’équilibre indispensable à une famille. C’est sous cet angle que Erik Poppe aborde le métier qui fut le sien. Il peut ainsi évoquer la raison d’être de ces gladiateurs de l’info, mais aussi l’aberration de leur engagement vis-à-vis de leurs proches. L’épreuve est sur le terrain, face à l’horreur, mais aussi pour ceux qui craignent à chaque seconde l’annonce du pire. Une contradiction accrue par le choix de confier le rôle principal à une femme. En tête d’un casting sans fausse note, Il fallait une actrice d’une envergure exceptionnelle pour assumer un rôle aussi exigeant. S’immergeant dans son personnage, coachée par des professionnels du terrain, Juliette Binoche joue avec ses tripes. Son audace fait frémir, et elle parvient à exprimer la force de la passion, la conviction dévorante de pouvoir tout changer d’une simple image.

Image soignée, récit méticuleux, du chaos des guerres aux ruines de sa famille, le parcours de Rebecca est éloquent et inspirant. Et s’abstient heureusement de répondre aux questions qui nous taraudent. Est-ce que celça vaut la peine ? Et jusqu’où aller pour l’image qui fera réagir le monde ? Par écho, L’Epreuve nous amène à réfléchir à la valeur de ces images, leur prix en sang, en sacrifice, et en conscience. Et remet aussi en question notre accès à l’information, l’abrasion dramatique de « l’info immédiate et continue ». Un effet que le film nous permet de mesurer : peu de spectateurs mettent en doute la mission de Rebecca, se demandant même quand ce reportage a eut lieu, alors qu’il relève de la pure fiction… mais encore pour combien de temps ? Solide et prenant, le portrait est puissant, inspiré, et nous invite inévitablement à creuser ce sujet brûlant.

Photographe de guerre, Zoriah a été l’un des coachs de Juliette Binoche sur ce tournage. En route pour couvrir la récente catastrophe du Tibet, il a eu la gentillesse de répondre à quelques questions pour nous éclairer sur cette vocation à part…

Quelle est votre définition du journalisme ?

Zoriah : Je pense que le journalisme, c’est raconter une histoire avec un but. Je pense que trop de journalistes se limitent à de la documentation pure, j’ai découvert que beaucoup de gens sont vraiment sensibles et réceptifs aux histoires plus encore qu’aux faits. J’aime le journalisme qui est capable d’éduquer et d’informer simplement, parfois d’un regard, que ce soit par des photographies, un film ou en lisant une histoire.

Dans une société fascinée par l’information immédiate, quelle est la place d’un journalisme d’investigation comme le votre ?

Z : Le grand public apprécie l’information immédiate, l’info en continue, mais je crois qu’ils apprécient aussi de pouvoir parfois approfondir les choses. Je suis convaincu que le journalisme efficace peut répondre à toutes les attentes. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis tombé amoureux de la photographie. J’adore comme on peut ressentir, réagir immédiatement à la simple vue d’une image. Si ce sentiment est assez intense, il vous pousse à en apprendre plus sur la situation, les personnes impliquées. J’espère aussi que l’on est assez inspiré pour agir et changer ces situations, mais je crois vraiment que avoir conscience de ces situations, savoir qu’il y a un problème EST le premier pas pour le résoudre.

Le personnage interprété par Juliette Binoche dans L’Epreuve est-il proche de la réalité ? De votre expérience ?

Z : Je trouve que le film dépeint une vision très réaliste de ce à quoi la vie d’une photographe de guerre peut ressembler. Les détails de la vie du personnage incarné par Juliette ne sont pas comparables avec ma propre vie, mais les décisions qu’elle prend et les questions avec lesquelles elle se débat d’un point de vue émotionnel sont très proches de mon expérience. Juliette tenait absolument à être aussi crédible que possible dans ce rôle, et elle a fait un travail incroyable.

Manque-t-il un élément, une situation pour que le film soit parfaitement respectueux de la réalité?

Z : C’est important de se rappeler que ce film dresse le portrait d’une photojournaliste. Nous sommes tous très différents et je ne crois pas qu’il existe quoique ce soit qui ressemble à un « photojournalisme normal ». Mais je suis convaincu que nous avons des traits communs dans nos personnalités et que nous ressentons des émotions similaires quand nous faisons notre travail. Et je pense vraiment que le film saisit très bien ce ressenti. Juliette et Erik ont pris énormément de soin à capter la réalité autant que les émotions liées à l’expérience de ce genre de métier. Et je trouve qu’ils ont fait du très bon travail.

Quelle est la mission qui vous a le plus marqué, qui incarne pour vous la définition même de votre travail ?

Z : Ma foi, je ne saurais dire ce qui incarne ou défini ma profession. Je pense que le travail de chacun évolue beaucoup au fil du temps. Et je ne crois pas qu’un seul projet puisse me représenter moi ou le boulot que j’accompli. J’espère que dans son ensemble, mes reportages ont su saisir les vies et la lutte de ces gens se débattant dans des situations si difficiles. Ouvrir les yeux de l’occident aux combats auxquels nos contemporains font face a toujours été mon but.

Si je dois choisir le reportage le plus fort pour moi, je pense que celui qui m’a changé le plus est mon premier déplacement pendant la guerre en Irak. Mes yeux ont vu tellement de choses horribles, mais aussi tant de beauté. Chaque projet vous change un peu je suppose, mais certaines expérience vous restent plus longtemps que d’autres.

Quelles sont vos limites ? Sur le champ de bataille et en dehors ?

Z : C’est difficile à dire. Mon désir est d’éduquer par mon travail, d’inspirer les gens dans leurs actes. Je pense que les gouvernements, les religions, les corporations et l’appât du gain sont les obstacles les plus importants que j’ai rencontré… et que l’humanité ait à affronter. C’est difficile de faire changer les choses avec tant d’influences travaillant contre vous.

Sur un niveau personnel, c’est un job qu’il est difficile de choisir. Chaque fois que je décide de partir, c’est pour me retrouver environné de souffrance et de douleur au lieu de ma famille et de mes amis. Je crois que les limites personnelles affectent mon travail plus que n’importe quoi. Mais au final, comme tous ceux que je photographie, je ne suis qu’un humain et je fais de mon mieux.

Auriez-vous pu choisir une autre profession ?

Z : Bien sûr ! J’ai fait des dizaines de boulots avant de devenir photographe. Je suis convaincu que le métier que je fais est important, qu’il a un sens, et c’est probablement la seule raison pour laquelle je le pratique depuis aussi longtemps. Mais des tas de métiers différents m’intéressent et parfois je fantasme sur l’idée de vivre dans un endroit précis pour me consacrer à un job simple, sans stress ni douleur. Mais au final, cela n’est probablement pas ma nature…

Le très actif Zoriah, de son nom complet Zoriah Miller, est un photojournaliste et photographe de guerre indépendant plusieurs fois récompensé. Nous vous encourageons à découvrir son travail sur ses domaines, son website www.zoriah.com

 

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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