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L’été des poissons volants

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 24 Avril 2014
 
Réalisateur: Marcela Said
 
Acteur: Francisca Walter, Roberto Cayuquero, Gregory Cohen, Maria Izquierdo…
 
Nationalité: Chilienne
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.3
7.3/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Une photo, un ton, et au-delà d’un récit tout en pointillé, un propos très pertinent

C'est un peu faible...


Un traitement très éthéré qui peut lasser les moins patients.


Posté le 24 avril 2014 par

 
Chronique
 
 

En entrant dans cette famille chilienne bourgeoise, le spectateur se laisse d’abord charmer avant de comprendre, en même temps que la jeune héroïne, ce qui se passe vraiment derrière la carte postale. Une démarche inspirée et habilement engagée.

M

anera est choyée par son père Sancho, riche propriétaire obsédé par les carpes qui envahissent son lac artificiel. Au fil de l’été, la jeune fille va découvrir l’amour, mais aussi la réalité que cache ce bonheur qui l’entoure… Marcela Said est une réalisatrice de documentaires, et si son premier long métrage de fiction distille parfois de longues plages contemplatives, la poésie de ces paysages figés dans la brume, de ces sous-bois ombragés n’est jamais gratuite. Plus on avance dans ce portrait en apparence paisible de familles aisées, sans vrais soucis, plus ces passages poétiques se teintent d’une tension, parfois même d’une réelle menace. Si la tonalité de cet instantané est aussi juste, c’est qu’il est directement inspiré d’une rencontre de la réalisatrice. Une rencontre avec un riche propriétaire terrien obsédé par les carpes qui pullulaient dans le lac du golf qu’il avait fait bâtir en plein cœur de la nature. Il agissait comme si le conflit des propriétaires terriens avec les Indiens Mapuche n’existait pas. Et c’est précisément ce conflit que Marcela Said voulait illustrer. La réalisatrice parle d’un conflit « impressionniste ». C’est on ne peut plus adapté tant les brumes du brouillard, le trouble de la poussière répondent au flou des rapports humains, la nature fragile, trompeuse des amitiés, des fidélités incertaines, des pouvoirs. Avec son titre surréaliste, son gout pour l’absurde, L’été des poissons volants est une chronique charmeuse qui distille un véritable venin.

Alter ego de la réalisatrice et du spectateur, Manena est notre Candide. Sortie de l’adolescence, Manena découvre tout, l’amour et son premier amant, sa famille et ses dissensions, la vraie nature des rapports entre ses voisins, et ces serviteurs omniprésents dont l’identité est niée. Sous les atours fascinants de cette nature généreuse, Marcela Said détaille ses portraits avec une réelle cruauté. La légèreté joviale si séduisante de Sancho et ses amis se fendille peu à peu, révélant le mépris, l’arrogance, la peur. Un regard acéré, car cette bourgeoisie à la mémoire courte, à la tranquillité d’esprit si ostentatoire, la réalisatrice la connait très bien. Elle l’associe directement à ceux qui ont soutenu la dictature de Pinochet, et ont spolié terres et ressources. Marcela Said ne cache pas que Sancho lui a été directement inspiré par son propre père, un personnage « très à droite » de la haute bourgeoisie qui a soutenu la dictature en son temps. Un jeu de massacre inspiré qui, en même temps qu’il dévoile une réalité du Chili, remet au cœur de ce drame annoncé ceux dont on ne parle pas, ceux que l’on connait à peine : les Indiens Mapuche. La réalisatrice les évoque avec pertinence, replace les enjeux et évoque le gouffre idéologique séparant les deux partis, mais se retient de parler en leur nom. Une honnêteté toute documentaliste qui profite énormément à la véracité des faits, et à la nature de cette tension qui envahit le film et nous gagne. Un thriller poétique, social et politique à découvrir.

Informations supplémentaires et l’avis Con carne du Margouillat

l'ete des poissons volantsL’avis du Margouillat : Sous ses allures de film d’auteur, cet étrange récit initiatique séduit par sa teneur comme par sa forme. En se désagrégeant, le portrait de famille révèle une face rarement évoquée du Chili. Un premier film de qualité, doté d’un réel charme vénéneux.

 

 

 

 

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...