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Melody

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 6 mai 2015
 
Réalisateur: Bernard Bellefroid
 
Acteur: Rachael Blake, Lucie Debay, Don Gallagher, Laure Roldan...
 
Nationalité: Belge, Luxembourgeois, français
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
6.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.3
7.3/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


Un thème fort, traité avec intelligence et porté par un duel d'actrices intense


0
Posté le 5 mai 2015 par

 
Chronique
 
 

MelodyAfficheCoiffeuse à domicile, Melody est décidée à avoir son salon, à s’installer dans la vie. Pour l’argent, elle accepte de louer son ventre… Le sujet des mères porteuses est délicat, douloureux. Pour le traiter avec finesse, Bernard Bellefroid le déshabille pour ne garder que deux personnages : celle qui donne la vie, et celle qui attend l’enfant. Un face à face tendu, rude, porté par deux actrices qui nous bouleversent.

M

elody a du caractère. Elle sait que la vie n’est pas facile. Elle économise chaque centime pour ouvrir son salon de coiffure, mais l’argent manque encore. Alors elle accepte de porter le bébé d’une autre. Un engagement terrible, d’autant plus périlleux qu’il la ramène vers sa propre destinée… Fasciné par les liens du sang, l’identité de l’enfant vis-à-vis de ceux qui l’élèvent, Bernard Bellefroid s’est fait remarquer avec La Régate, terrible portrait des violences intrafamiliales. Avec Melody, il fouille son sujet et remonte à la source grâce à un thème rarement abordé : la Gestation Par Autrui. Une situation provoquée, juridiquement discutable, et dont les motivations font encore débat. Un débat dont le film se fait écho, mais ça n’est pas son but. La situation est utilisée pour aborder tous les thèmes qui touchent directement le réalisateur et scénariste. La notion de maternité d’abord, mais aussi le désir d’enfant, et la question d’accoucher d’un être que l’on peut laisser derrière soit, volontairement ou pas. Un questionnement identitaire essentiel qui rejoint l’un des fils rouges de ce double portrait, l’évocation d’un autre débat cruel : la naissance sous X. Des thématiques puissantes et viscérales, qui trouvent pourtant leur place avec une réelle limpidité grâce à un scénario intelligent.

L‘intrigue se construit autour d’un affrontement entre deux femmes que la société met en opposition. Melody et Emily sont deux femmes fortes, volontaires, des battantes qui ne renoncent pas. Deux continents qui rentrent en collision. Entre la femme d’affaire privée de maternité par la vacherie du destin et la coiffeuse qui dort dans les escaliers pour économiser, et ne connaît de la maternité que son propre abandon à la naissance, le choc est inévitable. Chacune a ses mensonges, ses hantises, ses douleurs, mais partage une même humanité, une fragilité dont elles se protègent par cette froideur affichée. Pour incarner ce petit jeu des chocs et des contacts, Bellefroid utilise un instrument subjectif particulièrement habile : la langue. L’action est censée se dérouler en Angleterre, où la PGA est autorisée, mais évoque aussi la naissance sous X telle qu’elle existe en France. Que le film se déroule en France, en Belgique ou en Angleterre est secondaire. La pertinence de cette démarche, c’est que les deux mères vont jouer du français et de l’anglais suivant qu’elles veulent accéder au territoire de l’autre, ou y inviter l’étrangère. Une histoire très forte portée par deux interprètes remarquables de justesse. Lucie Debay est d’une force peu commune dans le rôle de Melody, et répond coup pour coup à Rachael Blake, impressionnante dans l’éventail de sentiments évoqués par le personnage de Emily. Jusqu’à son poignant final, Melody nous tient, posant en chemin les questions essentielles. A nous d’y répondre. Bernard Bellefroid est décidément un réalisateur belge à suivre. Un de plus !


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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