Nos actus
 

Pourquoi j’ai pas mangé mon père

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 5 avril 2015
 
Réalisateur: Jamel Debbouze
 
Acteur: Jamel Debouzze, Mélissa Theuriau, Arie Elmaleh, Patrice Thibaud...
 
Nationalité: Français
 
Genre: , ,
 
Mise en scène
7.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
8.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.3
7.3/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


L'animation s'avère franchement convaincante, l'histoire est inspirée. Et pour peu qu'on apprécie Jamel, l'humour au rendez-vous!

C'est un peu faible...


Le fantôme de De Funes pourra faire tiquer, non sans raison, même si l'hommage est sincère.


0
Posté le 7 avril 2015 par

 
Chronique
 
 

À force de curiosité et de générosité, un simien rejeté par les siens pour sa différence va les emmener tous sur la voie de l’humanité… S’il est très attendu, Jamel Debbouze réussit à nous surprendre. C’est ce qui fait de son pari le plus gonflé une réussite. Soigné, habile, rythmé, son conte animé est une prouesse technique dont les qualités prennent vite le pas sur les défauts. C’est surtout une relecture riche, à l’optimiste séduisant.

É

douard naît premier fils du roi des simiens. Mais il n’est pas comme son frère, né quelques secondes après lui. Chétif, rieur, le bébé est sacrifié pour le bien de la tribu et jeté de l’arbre des Simiens. Par miracle, le minuscule bébé échappe à la mort et n’y laisse qu’un bras. Il est recueilli pas le brave Ian, un autre rejeté des simiens. À ses côtés Édouard grandit, insatiable de découvertes et de générosité… Non, ce film n’est pas l’adaptation ratée du génial livre de Roy Lewis, pourquoi j’ai mangé mon père. Faire le procès de l’adaptation n’est pas un argument : le film ne fait que s’en inspirer, et le déclare haut et fort avec ce titre qui détourne l’original. Jamel n’a jamais envisagé de reprendre ce classique qu’il avait apprécié pendant ses années collèges, et c’est à la suite d’un test de voix de doublage qu’il est arrivé sur ce projet, par une suite de hasards et d’opportunités. Fasciné par le potentiel de la Motion Capture, Jamel a accepté en 2008 de prendre les commandes d’un projet sur le point d’être abandonné par Pathé après 10 ans de vaines tentatives. Conservant le contexte, la démarche humoristique, une partie des personnages, mais retravaillant entièrement le récit, il se l’est approprié totalement. Et le résultat est d’une réelle envergure. On peut discuter des partis pris esthétiques, qui deviennent pourtant vite plaisants. Mais on ne peut pas reprocher à Jamel d’avoir signé là une excentricité, un jouet de luxe. Avec Pourquoi j’ai pas mangé mon père, Jamel parvient à un résultat délicat : par la simplicité de son histoire, la solidité des personnages, des sentiments évoqués, il retrouve l’efficacité de construction d’un conte riche de paraboles, accessible à tous. Une histoire forte qui se sert de l’animation, et n’est pas qu’un prétexte. L’humoriste et désormais réalisateur ne cache pas que le destin d’Édouard est un reflet de son existence, mais chacun peut s’identifier, interpréter évènements et réactions au regard de notre actualité, de notre histoire. Ca n’est pas un sketch de plus, un assemblage de gag, mais un vrai récit initiatique.

Les allergiques à Jamel ne manqueront pas de critiquer, effrayés de voir les simiens gagnés par le «parlé Jamel ». Encore un faux procès. Très éloignée du livre de Lewis, quel intérêt aurait eu cette relecture si elle n’avait permis à son maître d’œuvre de l’investir totalement ? En fait, on peut faire à Jamel Debbouze les mêmes reproches que ceux que Uderzo a adressés à Alain Chabat pour sa vision si appréciée du public de Astérix : tous deux n’ont pas réalisé une adaptation, mais conçu un film qui leur ressemble. Sincère, généreux, drôle, Jamel s’autorise tout et cela fonctionne. Avec une discrète pincée de délire cartoon, Jamel matérialise un Forrest Gump qui réinvente le monde avec candeur et légèreté, un regard lucide sur les travers des humains, mais plein d’une réelle tendresse. Du sourire, du sens, et une sensibilité qui est la signature d’une réelle performance technique. Premier film européen entièrement réalisé en MoCap, les 5 années de fabrication ont nécessité de véritables prouesses technologiques dont l’une des plus impressionnantes est ce casque « maison ». Impossible pour des acteurs contraints de jouer à quatre pattes de porter en plus un équipement de 7 kilos pour saisir les mouvements de leur visage. Au bout d’un an de recherche, l’équipe française a conçu un bijou de technologie de 500 grammes se passant même du marquage du visage : c’est grâce au grain de la peau que le logiciel saisit le raffinement des expressions… Le point le plus litigieux est aussi prometteur qu’inquiétant. Dans ses attitudes, ses intonations de voix, Louis de Funes s’invite parmi les simiens. L’hommage est sincère, et Jamel ne se lasse pas de raconter à quel point le rire apporté par son idole fut essentiel dans sa vie et sa vocation. L’exercice est en soit surprenant, parfois agaçant, mais on s’y fait étrangement. C’est ce qu’il implique qui est plus conséquent. Si la publicité ressuscite régulièrement des icônes passées pour des raisons très commerciales, sans même que l’on s’en offusque, l’utilisation d’une image, d’un style de jeu, attaché à un artiste décédé, ouvre un éventail de possibilités étourdissant. Et un peu effrayant… Drôle, « groovy » avec sa BO très soul, bondissante aussi, l’aventure de Édouard raconte l’humanité par le petit bout de la lorgnette, et nous touche. Il est plus que vraisemblable qu’Édouard soit le personnage de fiction le plus proche, le plus intime que Jamel ait jamais imaginé…

Informations supplémentaires et l’avis simiesque

Pourquoij'aipas affiche

L’avis du margouillat : On ne pourra pas accuser Jamel d’avoir fait une incursion dans l’animation en dilettante ! Le boulot de titan de ce premier film français intégralement en CapMo se voit à l’écran. On se fait très vite aux choix esthétiques, et sitôt que l’on a compris qu’il s’agit bien d’un film signé Debbouze et non d’un copié collé du livre de Lewis, on se laisse prendre par une histoire tous publics riche de paraboles. Une sacré audace, dont le résultat est payant.

Site officiel

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


0 Comments



Soyez le premier à commenter


Soyez inspiré et constructif


(Requis)