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Qu’Allah bénisse la France

 
Allah bénisse la France
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Fiche Technique
 

Millésime: 10 décembre 2014
 
Réalisateur: Abd Al Malik
 
Acteur: Marc Zinga, Sabrina Ouazani, Larouci Didi, Mickaël Nagernraft…
 
Nationalité: Française
 
Genre: ,
 
Mise en scène
7.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.0
7/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


Juste et sincère, le récit du poète donne au public un recul judicieux pour changer de regard, et surtout réfléchir.

C'est un peu faible...


Nul doute que l’artiste est sincère, mais son idéalisme ne suffira hélas pas à changer la face de notre société


0
Posté le 10 décembre 2014 par

 
Chronique
 
 

Abd Al Malik adapte son livre autobiographique au cinéma. Plus qu’un parcours à part, il revendique l’image de la société qu’il observe autant que celle qu’il incarne. Une bio agréablement filmée, portée par une conviction sincère. Un film de poète, mais qui invite intelligemment à la réflexion.

R

égis et ses deux frères sont élevés par leur mère dans la cité du Neuhof à Strasbourg. Une cité difficile où les enfants de l’immigration peinent à trouver leur place. Si le frère ainé de Régis a fait le choix de l’islam, son benjamin est dévoré par la rébellion et fait des choix beaucoup plus risqués, qui les mènent facilement au commissariat. Régis a un autre idéal. Doué pour les études, ses excellents résultats l’invitent à rejoindre les meilleures écoles de la République. Mais la passion qui le dévore, ce sont ces mots qui l’habitent, ce phrasé en lui qu’il est impatient d’exprimer. Par tous les moyens, il veut monter son groupe de rap… Les errements d’une génération sans repère dans le béton d’une cité ? Une image en noir et blanc ? Il n’en faut pas plus pour associer le premier film de Abd Al Malik à La Haine de Mathieu Kassovitz. La filiation est assumée, et même revendiquée puisque c’est le chef opérateur de Kassovitz qui signe la photo du film. Une filiation, mais pas un copié collé. Abd Al Malik a une haute estime de La Haine pour le regard novateur que le film a imposé, et il s’est régulièrement entretenu avec Kassovitz. Mais selon lui, son film commence là ou La Haine s’arrête : au moment où la question religieuse devient déterminante dans les cités. Tournant sur les lieux de son enfance, s’entourant de ceux qui ont vécu les mêmes expériences que lui, Abd Al Malik s’emploie à exprimer son parcours avec autant d’honnêteté que possible. La mise en image n’est pas parfaite, mais la démarche est très vite séduisante par sa forme comme par le fond, une narration réfléchie et pertinente qui se détourne vite des clichés.

Comme il le dit lui-même, il fut « bon élève le jour et délinquant la nuit ». Il parle donc de la délinquance, assume les choix, évoque leur logique. Mais parce qu’il la connait trop bien, il refuse de glorifier cette violence qui a conduit tant de ses proches dans la tombe, ou à gâcher leur vie derrière des barreaux. « J’aurais pu faire le film le plus violent qui soit, mais je voulais raconter ce qu’il y a avant la violence, qui n’est qu’une conséquence… Il faut se rendre compte de l’impact qu’a eu Scarface sur nous. J’ai vraiment vu des gens qui se prenaient pour Tony Montana et qui en sont morts ». La violence est là, mais évoquée, souvent avec inspiration. Le récit s’en trouve libéré d’une mythologie limitée, encombrante. Il n’y a pas de célébration d’un bien contre un mal, de manichéisme confortable à même de nourrir une vision à sens unique, une de plus… Avec son phrasé particulier, le poète fait le lien par la parole du narrateur, et remet en perspective. Un renfort pour une démarche engagée, un éclairage sur une société complexe, ses choix, la place de la religion. Beaucoup voient en ce titre une provocation. Beaucoup plus qu’à la sortie du livre, au titre pourtant identique. Si le but de ce titre percutant est bien de bousculer, le message qu’il porte est foncièrement différent. « Quand on me demande combien de temps j’ai mis pour faire ce film, je réponds : 38 ans ! En 38 ans j’ai eu le temps de me débarrasser… de ce qui aurait pu empêcher une compréhension directe de la réalité de la cité. C’est comme si j’avais fait une thérapie qui me permet aujourd’hui d’aller au cœur des choses, et d’être dans une démarche artistique. » En remontant le temps, Abd Al Malik démonte les clichés, redonne un visage et une humanité à tous ces acteurs, à ses thèmes, parmi lesquels un Islam montré au quotidien, dans ses joies, ses enrichissements, ses écarts aussi. Une démarche où le passage au cinéma s’impose comme un argument permettant de prolonger l’écrit : « Le cinéma a une grande capacité d’humanisation, il permet d’aller voir derrière les apparences, de montrer que tous les êtres fonctionnent de la même manière »

Le destin de Abd Al Malik est presque un conte, cruel et connecté à la réalité, qui mène à une foi aussi religieuse que philosophique et artistique en une société multiraciale et multiculturelle. Abd AL Malik le sincère se laisse-t-il prendre au piège d’un vœu pieux ? Un excès de bons sentiments pour adoucir ce que les caricatures ont depuis longtemps défiguré ? C’est un peu facile. Si le poète revendique d’être bien pensant, il ne parle pas d’utopie : il est l’utopie. Ce conte du bon élève dans la cité à mauvaise réputation, qui fait ses choix bons et mauvais, devient un exemple, un auteur, ça n’est pas un conte, c’est lui. Et c’est ce qui lui donne tout le droit de revendiquer cette volonté. On peut même pousser l’analyse plus loin encore. Abd Al Malik est l’incarnation vivante de ce qui manque aux cités, quelles qu’elles soient. Parce qu’il était plus brillant et plus tenace, il a réussi. Mais la leçon vaut pour tous : faites entrer l’éducation, et tous gagneront.  Cette éducation peut être nourrie par une bibliothèque, ou par une religion. Un enseignement qui ne prône pas la stigmatisation, la haine de l’autre, mais tout le contraire, et fait des hommes capables de penser par eux-mêmes. Abd Al Malik affirme que sans son éducation, son amour de la littérature, sa soif d’apprendre, il n’aurait surement pas abordé et adopté l’Islam de la même façon, pour les mêmes motifs. Et il rappelle volontiers que c’est grâce à la république laïque qu’il peut assumer l’expression de sa foi musulmane. Pour transmettre ce message d’espoir et de tolérance, donner une voix à un débat qui se perd entre déclarations fracassantes, excitation médiatique et égarements politiques, Abd Al Malik se raconte et invite à réfléchir. Une réussite en soit, qui doit aussi beaucoup au talent de Marc Zinga, qui incarne le rôle de l’auteur/réalisateur. Sa nomination au César du meilleur espoir masculin est tout à fait justifiée. En sortant de la salle, on comprend que si le titre du film résonne comme une provocation à l’époque qui est la nôtre, il est totalement sincère, et représente fondamentalement la pensée de son auteur.

Informations supplémentaires et l’avis La Haine du Margouillat

Allah bénisse la FranceL’avis du Margouillat : En racontant son parcours, Abd Al Malik incarne le chaînon manquant entre la réalité de la France et nos angoisses sociales. Celui qui a choisi son nom pour sa foi chérit tout autant l’idéal de la république. Et il bataille pour que la culture et l’art s’invitent à cette communion essentielle. Loin d’être naïve, sa bio en film est une invitation à réfléchir des plus pertinente.

 

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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