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Shérif Jackson

 
Sherif-Jackson
Sherif-Jackson
Sherif-Jackson

 
Fiche Technique
 

Millésime: 2013
 
Réalisateur: Noah Miller,Logan Miller
 
Acteur: January Jones, Jason Isaacs, Ed Harris, Eduardo Noriega
 
Nationalité: Américaine
 
Genre:
 
Mise en scène
8.5


 
Scénario
8.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.5


 
Notre note
8.0
8/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Débarrassé de son vernis, ce western est rude et sanglant, pimenté d'humour macabre et de folie.

C'est un peu faible...


Ce manque d’académisme en brusquera quelques uns.


Posté le 14 octobre 2013 par

 
Chronique
 
 

Sous ses allures de western pur et dur, Shérif Jackson est un thriller sanglant brillant de la noirceur du polar.

S

arah vit avec Miguel un bonheur simple dans une région désertique du Nouveau Mexique. Plein de courage, l’agriculteur subit les ravages des moutons de son seul voisin, le prophète Josiah. Gourou implacable à la tête d’une communauté qui lui voue un culte aveugle, cet illuminé converse avec Dieu en personne et tient à sa botte tous les notables de la ville proche. Et balaie tout ce qui se trouve sur sa route, voyageurs égarés ou bouseux réfractaires à sa foi. Surtout si le paysan en question a pour femme une ex-prostitué aussi belle que Sarah. Alors que Sarah subit la loi du prophète Josiah, le très imprévisible shérif Jackson arrive dans la région pour enquêter sur l’étrange disparition de deux voyageurs. Et commence par virer le shérif en poste comme un chien. Mais c’est bien de Sarah que tous vont apprendre ce qu’est la justice…

Pour nourrir leur inspiration, les frères Miller se sont « abreuvés » des peintures du Caravage et de Goya, de la musique de Rachmaninov et Ligeti, des textes de Marlowe et Saint-Augustin.

Noah et Logan sont des jumeaux identiques. Au point que lorsqu’ils incarnent un rôle, il est plus facile – et malicieux – d’en créditer les deux prénoms à chaque fois. Et on sait combien la complicité fusionnelle de deux frères peut transfigurer une intrigue, une atmosphère lorsqu’elle prend la tête d’un tournage. Shérif Jackson en apporte une nouvelle fois la preuve. Noah et Logan Miller ont déjà réalisé et interprété un film, nourri de leur histoire personnelle, Touching Home. Inédit chez nous, ce drame a reçu à sa sortie un accueil nettement positif pour des réalisateurs novices aux contacts très limités à Hollywood : les frères Miller se destinaient à une carrière de joueurs de baseball. C’est à l’occasion de cette première expérience concluante qu’ils ont fait la rencontre décisive de leur père de cinéma et mentor, Ed Harris. Et c’est l’acteur qui a soutenu les frères Miller dans l’entreprise de ce second film comme producteur et en suggérant les décors qu’il avait lui-même repéré pour réaliser Appaloosa. Et comme le disent les frères Miller, « parce qu’il y a des chevaux et des flingues en pagaille, Shérif Jackson sera vu comme un western ». Mais si Shérif Jackson emporte son public, c’est parce qu’il est plus que cela. Pour nourrir leur inspiration, les Miller n’ont pas visionné tous les John Wayne. Ils se sont « abreuvés » des peintures du Caravage et de Goya, de la musique de Rachmaninov et Ligeti, des textes de Marlowe et Saint-Augustin.

Baroque et d’une grande rigueur graphique, régulièrement marqué d’images inspirées et d’une lumière soignée, l’épopée vengeresse prend le contrepoint du genre. Ménageant une ambiance imprévisible, fascinante et volontiers sordide, le shérif, la prostituée et le prophète composent un trio digne d’une tragédie. Les trois extrémités d’une figure désenchantée, passionnelle, trois humains qui ont trop subis, trop commis pour ne pas s’affronter au final, entre égaux. Des personnages dont on fait des légendes, confiés à un casting parfait. Bien que réputé pour cet exercice, Jason Isaacs compose en la personne du Prophète Josiah un des types les plus inquiétants de sa carrière. En incarnation du fanatisme, il s’offre une démesure de choix. Pour répondre à ce vilain d’anthologie, il fallait un personnage hors norme : surprenant et passionnant, Ed Harris invente une justice aussi cynique qu’implacable, combinant dans une folie désinvolte l’instinct d’un Hercule Poirot et les méthodes d’un Dirty Harry. Son numéro est un délice. À l’exception de Eduardo Noriega, touchant dans le rôle de Miguel, c’est dans cet univers d’hommes abominables que se lève le bras armé de la justice : la superbe Sarah, parcourant l’horizon dans sa belle robe violette, le flingue à la main. Loin de Mad Men, January Jones est impériale en ange de la mort, et s’impose inévitablement comme une parente de la mariée de Kill Bill. Iconoclaste et classieux, fascinant et sanglant, Shérif Jackson impose un rythme bien personnel, et dévoile le talent de jumeaux de cinéma qu’il serait judicieux de suivre de près…

Informations supplémentaires et l’avis Faut pas le chercher du Maroguillat

sherifjacksonL’avis du Margouillat : L’histoire de Sarah aurait pu se dérouler à une autre époque, dans un polar ou un drame romantique. Mais le cadre dépouillé du western permet aux réalisateurs de laisser l’inévitable affrontement s’accomplir dans la violence et le sang. Décalé et stylé, porté par des acteurs formidables, Shérif Jackson accroche sans mal.

 

 

 


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...