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Tale of Tales

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 1 juillet 2015
 
Réalisateur: Matteo Garrone
 
Acteur: Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, John C. Reilly...
 
Nationalité: italien, français, britannique
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
8.0


 
Musique
8.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
8.0
8/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


Noir et magique, porté par des comédiens impeccables, le conte de Garrone est une référence du genre.

C'est un peu faible...


Du rire au frisson en passant le suspens, le fantastique de Garrone se joue des genres. Tant pis pour les monomaniaques...


0
Posté le 1 juillet 2015 par

 
Chronique
 
 

taletalesAfficheDans la solitude de leurs châteaux, rois, reines, princes et princesses se laissent mener par leur cœur, leurs obsessions. Mais le cruel destin n’accomplit jamais les vœux comme on l’espère… En ressuscitant quelques bribes d’un monument fondateur de la littérature populaire, Matteo Garrone donne vie à une fable magique, effrayante, drôle et fantasmagorique, comme celles qui ont nourri l’art de raconter. Une célébration de la fable dans son essence.

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ne reine ne rêve que d’avoir un enfant. Un roi s’émerveille pour le plus inattendu des compagnons. Un autre, insatiable de sexe, est captivé par la voix d’une pauvrette. Trois royaumes et leurs puissants, avec chacun son petit théâtre des drames et des effrois, où le destin réécrit l’histoire et prend au piège les sentiments… Avec des affiches dignes d’un tableau hors du temps, Tale of tales s’annonce comme un livre d’images, opulent et magnifique. Mais si ce film audacieux est un vrai coup de cœur, c’est qu’il est bien plus que cela. Tale of tales reprend trois des 50 récits qui composent Le Conte des contes, un recueil de la culture orale du sud de l’Italie, adaptée avec la verve d’une langue truculente par Giambattista Basile, soldat poète et courtisan. Un monument de culture populaire qui ne fut édité qu’après sa mort, à partir de 1634, et dont on mesure encore timidement l’influence. Tout juste peut-on citer l’admiration qu’avaient pour ce recueil des auteurs comme les frères Grimm ou Charles Perrault. Il semble cohérent de voir Tolkien, Edgar Rice Burroughs ou Geoffrey Chaucer comme les descendants de cet héritage. Car évoquer Le Conte des contes, c’est revenir à la source de cette tradition nourrie directement du folklore. Un art et un héritage que Matteo Garrone parvient à évoquer dans son entier. Dans sa forme fascinante d’abord. Décors naturels, raffinement des couleurs et des costumes sont mis à profit par un sens méticuleux de la composition, et la précision d’une image qui balaie tout flou artistique. Le livre d’images ne déçoit pas. Mais surtout, Garrone remet à l’honneur l’art du conte dans sa narration.

Le terme de conte n’est utilisé aujourd’hui qu’accolé à des descriptifs d’une nature identique : qu’ils soient de noël ou de fée, les contes sont pour les enfants. Pour que le conte s’adresse aux adultes, il faut qu’il soit teinté de pornographie ou d’indécence, comme si se nichait là le dernier recoin laissé à son imagination… Le conte est abandonné à l’insatiable imagination des plus jeunes, bien trop occupée à refaire mille fois le monde pour se préoccuper de vraisemblance ou de crédibilité. Trop souvent, la fiction pour les « grands » se montre formatée, répondant à des conventions et des exigences qui permettent de l’étiqueter sagement. Fantastique, guerre, épouvante, thriller, comédie… Une convention absurde qui conduit à des absurdités. Que celui qui n’a jamais douté du sens de « Comédie dramatique » nous jette le premier volume de La Fontaine… Le conte jongle avec tous ces genres à la fois. Et s’il évoque les évènements et énumère les exploits, qui sont l’essentiel des blockbusters d’aujourd’hui, il se consacre au personnage. Car c’est à lui que l’on s’identifie, par lui que l’on pénètre son monde. Et que l’on s’en empare en imaginant tout ce qui n’est pas raconté ou montré. Conteur inspiré, Garrone retrouve cette ambition de nous montrer autant que nous laisser à imaginer. La bataille avec le dragon n’est pas l’essentiel, puisque le vrai monstre attend sur la berge. L’aberrante passion du roi d’Altomonte, délicieusement absurde, permet avant tout de revenir à son amour le plus précieux, et comment l’excès d’assurance fait tout perdre même au plus nanti. Le livre d’image de Matteo Garrone se feuillette avec passion, entre magie et horreur, érotisme et drôlerie. Si l’on s’y perd, c’est que l’on y retrouve un bien précieux : la capacité à surprendre. Un mot du casting international ? Une fois découverts dans leurs costumes, on a du mal à imaginer dans leur rôle d’autres comédiens que ceux choisis par Garrone. Cette composition est aussi réussie que la très belle BO de maître Desplat. Parmi toutes les tentatives de retrouver la force du conte, Tale of Tales est l’une des plus nobles, des plus inspirées, et des plus captivantes


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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