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Un illustre inconnu

 
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Fiche Technique
 

Millésime: 19 novembre 2014
 
Réalisateur: Matthieu Delaporte
 
Acteur: Mathieu Kassovitz, Marie José Croze, Eric Caravaca, Philippe Duclos…
 
Nationalité: Française
 
Genre: ,
 
Mise en scène
7.0


 
Scénario
8.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.3
7.3/10


Note des lecteurs
4 lecteurs ont voté

 

C'est du lourd...


La démarche est ambitieuse et exigeante, mais la réalisation à la hauteur. Aussi riche que prenant.

C'est un peu faible...


La fin serait-elle un peu trop morale ? A chacun d’en décider, suivant que l’on voit le héros comme une victime ou pas…


0
Posté le 17 novembre 2014 par

 
Chronique
 
 

Un homme qui s’épanouit en volant l’identité d’autres hommes est pris au piège de son imposture… Pathologie psychologique ou questionnement identitaire ? En racontant l’un, ce film ambitieux  évoque l’autre avec intelligence. Un film subtil où Mathieu Kassovitz trouve un rôle passionnant.

S

ébastien Nicolas existe à peine. Discret jusqu’à la transparence, il ne commence à vivre que lorsqu’il vole l’identité de ceux qu’il rencontre. Véritable caméléon, il s’approprie pour quelques temps leur identité, leur vie. Jusqu’à ce que cette supercherie périlleuse ne le prenne au piège, et l‘oblige à prendre les commandes de son personnage…  C’est une maladie, un trouble identitaire appelé « dépersonnalisation ». Ceux qui en souffrent sont incapables de se projeter en tant que tel et « décollent » perpétuellement dans la personnalité, le corps des autres. Il faut s’imaginer être incapable de s’accomplir autrement qu’en étant un autre, ne trouver l’équilibre qu’en jouant un rôle. Que le cinéma s’empare d’une telle solitude est des plus symbolique, et plein de sens. Un rapport trouble au point que le vocabulaire propre à cette pathologie est étrangement similaire à celui-ci des plateaux de tournage… Pour un acteur, c’est un rôle multiple et rare que l’on ne peut rater. On comprend sans mal que Mathieu Kassovitz, qui déteste qu’on lui applique ne serait-ce qu’un fond de tain, ait accepté la contrainte de quatre heures de maquillage par jour ! L’acteur-réalisateur explique d’ailleurs que l’investissement était si intense psychologiquement qu’il n’aurait pu l’assumer sans le contraste d’une liberté totale, donnée par Cédric Khan sur le tournage de Vie sauvage, les deux films ayant été réalisés presque en alternance.

Complexe, inquiétant, misérable et bouleversant dans son chaos, la composition de Kassovitz est assez fascinante. Jonglant avec les nuances de jeu, il est la pierre angulaire d’une approche audacieuse et très convaincante en dépit de choix dangereux. L’usage du maquillage fait partie intégrante du processus, mais cet artifice délicat suffit parfois à réduire à néant les meilleures intentions. Utilisé dans le détail pour dissocier les personnages, accompagner la progression de ce voleur de vie, il devient un outil déterminant, et un levier de l’intrigue. Les plus observateurs noteront les différences au fur et à mesure que le personnage vampirise son modèle. Au prix d’une année de travail en amont, le film parvient à une ressemblance crédible, sans que l’usurpation n’échappe au spectateur. Et les voix ont été traitées avec le même soin ! Matthieu Delaporte a présenté le personnage à son interprète comme un serial killer qui ne tue pas. Un rôle étonnant par sa capacité d’imitation, ici développée comme un moyen de survie, mais qui touche et bouscule par tout ce qu’il implique. Parabole vivante, son déséquilibre aborde notre notion même d’identité. Assemblage de deux prénoms, Sébastien Nicholas est même privé d’un patronyme sans équivoque. Le réalisateur cite l’exemple de Mishima qui se disait « en voyage » dans son corps, et ne cessait de faire semblant que lorsqu’il s’habillait en femme, et devenait enfin lui-même. Sa folie aux yeux des autres était sa normalité. Le héros du film est un miroir à nos fantasmes et nos angoisses, à la dépersonnalisation d’un monde virtuel où l’on peut être n’importe qui, c’est à dire personne. Et cela dans la plus totale solitude, alors que tout dans notre société nous incite à observer l’autre, sans forcément lui parler ou le comprendre…

« Un illustre inconnu » est une réussite qui repose sur une construction soignée et un choix capital, dont beaucoup devraient s’inspirer : le film ne se croit pas obliger de tout dire. Originellement, Delaporte et son complice Alexandre de la Patellière – cette fois produteur – avaient écrit toute l’enfance du personnage, les fondements de sa pathologie. Un autre film en soit. Ils ont finalement coupé cette entrée en matière, nous immergeant directement dans la folie du personnage, s’accordant le droit de ne pas expliquer. Et c’est extrêmement judicieux. A l’exposé scientifico-psychologique ils ont préféré se concentrer sur cet adulte mystérieux et inquiétant, qui laisse au spectateur assez d’indices pour appuyer sa logique, et le comprendre ou le rejeter. En y greffant notre interprétation, nous évoquons nos propres angoisses et fantasmes, cette tentation permanente d’être un autre, motivée par une insatisfaction encouragée par la société elle-même. En phase avec une époque où les avatars virtuels sont autat de placebo au mal-être, un illustre inconnu est un film intelligent et maîtrisé. A découvrir sans hésitation.

Informations supplémentaires et l’avis Cousin Hub du Margouillat

un-illustre-inconnuL’avis du Margouillat : Après Le Prénom, les scénaristes de Renaissance, Skyland, The Prodigies et L’immortel, rien que ça, s’attaquent à un autre genre, entre thriller psychologique et portrait de société. Seul à la réalisation, Matthieu Delaporte réalise un film ingénieux et soigné, porteur de nombreuses questions à même de nous toucher. Une belle audace récompensée. Et Kassovitz se régale en caméléon


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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