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Une famille à louer

 

 
Fiche Technique
 

Millésime: 19 aout 2015
 
Réalisateur: Jean-Pierre Améris
 
Acteur: Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, François Morel, Philippe Rebbot
 
Nationalité: Français
 
Mise en scène
6.0


 
Scénario
6.0


 
Musique
6.0


 
Emotion
6.0


 
Notre note
6.0
6/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

C'est du lourd...


Le duo fonctionne bien et la comédie légère se colore parfois d'un regard plus acide.

C'est un peu faible...


cette rencontre est un conte, dont les raccourcis peuvent décevoir.


0
Posté le 21 août 2015 par

 
Chronique
 
 

FAmilleAffichePaul-André est aussi riche que seul. Pour échapper enfin à la dépression, il est prêt à s’essayer à la vie de famille. Comme celle de Violette, mère célibataire croulant sous les dettes… Jean-Pierre Améris est un raconteur raffiné. Si cette Famille à louer n’est pas son meilleur film, il réussit à aborder des thèmes rudes avec le sourire et la candeur du conte. Le couple Efira/Poelvoorde y est pour beaucoup…

P

aul-André a réussi sa carrière. Sa fortune lui permet de ne plus rien faire, et c’est bien le problème. Cloîtré dans l’ennui de son immense maison, il déprime en dépit des efforts de son majordome. Sa vie manque de… vie. De sentiments. Toutes ces choses qui s’incarnent dans une famille. Violette, elle, a une famille. Deux enfants, et des dettes par-dessus la tête qui risquent de lui faire tout perdre. Alors quand Paul-André lui propose de tout rembourser si elle l’accepte quelques jours chez elle, elle ne peut refuser… En parlant de son film, Jean-Pierre Améris a eu une phrase qui mérite d’être citée : « C’est dur d’être léger. La légèreté n’est pas ma tendance naturelle, mais j’y travaille, autant dans la vie que dans mes films. » C’est joliment dit, et résume parfaitement la discrète mécanique qui anime cette comédie non dénuée d’intérêt. Paul-André est l’alter ego du réalisateur. Et de son premier rôle, Benoit Poelvoorde, en qui Améris a trouvé un frère d’angoisse depuis Les émotifs anonymes. Si le hasard et un majordome bienveillant – épatant François Morel- sont à l’origine de l’« expérience » de Paul-André, le détonateur de cette volonté d’évoluer se trouve dans la vie privée du réalisateur. Une rencontre amoureuse avec sa coscénariste qui, par sa joie de vivre, l’a poussé à bousculer sa nature d’un profond pessimisme. Une famille à louer illustre cette démarche du raconteur : être léger avec des questions qui ne le sont pas.

Par sa similarité de titre et de scénario, certains ont accusé le film de plagier la – piètre- comédie américaine Famille à louer, avec Ben Affleck et James Gandolfini. Il n’y a pourtant aucun rapport. Dans la version américaine, l’intrus paie pour retrouver le décor de sa maison d’enfance. Paul-André est d’une tout autre nature : personnage déconnecté se méfiant des sentiments, la famille est une notion qui lui est étrangère. Et s’il y a bien marchandage d’argent, la tractation révèle une réalité économique. C’est la détresse psychologique qui rencontre la détresse financière.  Pour illustrer son propos avec la légèreté qu’il ambitionne, Améris fait donc le choix périlleux du conte. Des décors presque caricaturaux, des enjeux en apparence simples, et des personnages qui vivent dans leur petit monde. Et il faut jouer le jeu de réalisateur pour accepter certains raccourcis du scénario… Pour autant, la rencontre entre le millionnaire dépressif et la mère dans la dèche est plaisante et réserve quelques bonnes surprises grâce à son casting. Couvant des enfants qui apportent un vrai plus sans cabotiner, c’est rare, Virgine Efira compose un personnage vraiment touchant. Explosive et charmeuse, Violette illustre avec le sourire la douleur de celle qui à tant d’amour à donner qu’elle excuse les pires amants, supporte les humiliations et son statut de cruche familiale. À son opposé, Poelvoorde se glisse dans un personnage glacial d’inadapté. Un argument en or pour l’effet de comédie, et qui apporte parfois une cruauté inattendue, comme lors de ce déjeuner de famille qui vire à l’aigre, ou lors des retrouvailles atroces avec une mère sans amour. Cette rencontre impossible implique aussi un choc entre classes sociales. Combiné à la détresse des deux personnages, l’ensemble aurait pu être d’une virulence terrible. Mais ce thème délicat tombe dans les clichés, à défaut d’avoir le cynisme cinglant d’un La vie est un long fleuve tranquille… Entre Paul-André et Violette, il y a trop de contes pour que tout soit dit, que tout fonctionne. Mais grâce aux comédiens et à la sincérité d’Améris, Une famille à louer amuse et peut même toucher. Et sans se moquer de son public. C’est déjà bien.


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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