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Winter Sleep

 
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Fiche Technique
 

Millésime: Août 2014
 
Réalisateur: Nuri Bilge Ceylan
 
Acteur: Haluk Bilginer, Melisa Sözen, Demet Akbag, Ayberk Pekcan…
 
Nationalité: Turc
 
Genre:
 
Mise en scène
8.0


 
Scénario
7.0


 
Musique
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.5
7.5/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

C'est du lourd...


Maîtrise du traitement, densité des performances, les amateurs se régalent.

C'est un peu faible...


Un cinéma moins exigeant qu’il ne le laisse présager, mais que l’on ne vient pas voir par hasard.


0
Posté le 9 août 2014 par

 
Chronique
 
 

Les Palmes d’or sont souvent élitistes, loin des goûts du grand public. Si ce « sommeil d’hiver » entre bien dans cette catégorie de film très personnel, celui qui sera motivé pour pareille expérience devrait en ressortir plutôt admiratif. Ou quand le cinéma atteint le raffinement de la littérature.

U

n ancien acteur est à la tête d’un hôtel, où il vit avec sa femme et sa sœur. Alors que l’hiver gagne la région, le vernis d’harmonie de ce petit cercle élitiste ne résiste pas à l’épreuve du monde extérieur… Au premier abord, le nouveau film de Nuri Bilge Ceylan incarne tout ce qui inquiète les déçus des grands prix académiques, il est vrai, rarement en phase avec les attentes du plus large public. Un film de 3h45 inspiré par  trois nouvelles de Tchekov, se déroulant dans la campagne de Cappadoce en plein hiver, consacré tout entier au petit théâtre de personnages s’affrontant au fil de longues conversations qui peuvent apparaître interminables… C’est une évidence, les inconditionnels des cascades et des gunflights feront mieux d’attendre le prochain Expendables pour se défouler. Il serait cependant très injuste de classer précipitamment Winter Sleep parmi les films d’auteur hermétiques au point d’en être irrémédiablement soporifiques. Pour avoir une idée de la démarche du réalisateur et de sa femme, coscénariste, il suffit de contempler l’affiche du film. On y voit un décor de conte, enneigée et magnifique, et dans un coin une silhouette se protégeant du froid, anecdotique, presque accessoire. C’est tout le raffinement de cette écriture, qui relève d’une forme de grâce pour peu qu’on en joue le jeu. Un jeu très littéraire qui consiste à poser un décor où tout est montré, mais rien n’est dit. À chacun de relever les fausses notes, de révéler la réalité sous les apparences, la vraie nature des personnages derrière l’image qu’ils affichent.

Grâce à des acteurs remarquables, le portrait psychologique s’élabore sous nos yeux, presque charmeur tant chacun y a trouvé son personnage de composition. Mais il suffit d’une fausse note dans cet ordre établi, et la tricherie perd de son charme, les obligeant à trouver leur place dans le monde « normal », celui qui ne pourra jamais s’offrir une chambre dans leur bel hôtel. Plus les personnages font d’efforts pour se rapprocher, échanger des sentiments, moins ils y parviennent. Plus ils s’évertuent à afficher leur apparent équilibre, plus ils creusent leurs défauts. Le vieil acteur semble de moins à moins à la retraite, il a simplement changé de public, et sa malice, sa maitrise des mots, s’apparente de plus en plus à un orgueil manipulateur. Lui qui se veut humaniste éduqué s’arrange fort bien des privilèges d’un autre âge, dignes d’un châtelain. Écrasée par cette personnalité, la révolte de sa compagne se cantonne pour l’essentiel à ce que lui autorise le confort de cette vie partagée sans contact. Mais se montre pour autant incapable d’interpréter la dignité des autres, trahie par sa maladresse et son inconsciente arrogance. Derrière ses longues conversations ciselées, le théâtre de ce décor magnifique, Winter Sleep est le portrait acide d’une élite désespérément en quête de reconnaissance, une sorte de leçon d’humilité cruelle où chacun risque de retrouver un peu de son ego. Comme pour ses précédents films, Nuri Bilge Ceylan ne cède rien à la facilité où aux conventions du cinéma, mais en dépit de sa durée d’épopée, son film n’est jamais déconnecté, maniéré, ou aussi arrogant que ses personnages. La Palme d’Or qu’il a reçu continuera de faire grincer certaines mâchoires, mais l’expérience s’avère payante, et les presque 200 minutes bien moins longues qu’on ne pouvait le craindre. Un cinéma exigeant, certes, mais qui sait se montrer généreux

Informations supplémentaires et l’avis du Margouillat

Winter SleepL’avis du Margouillat : C’est évident, le thème comme la durée peuvent rebuter les moins motivés. Mais pour qui cherche un cinéma ambitieux, très personnel, et intellectuel dans le bon sens du terme, ce Winter Sleep est une expérience à ne pas rater. Une grande intensité, et des acteurs remarquables.


Frédéric Lelièvre

 
Frédéric Lelièvre
Journaliste spécialisé dans le cinéma, j'ai traîné mes guêtres dans Mad Movies, Pur Ciné, DVD passion avant d'avoir droit à un magazine gratuit à mon nom de plume Le Petit Cinévore ! Désespérément optimiste, je me concentre sur les films qui éveillent en moi un certain intérêt et évite toute destruction massive...


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