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Bertrand Chamayou – Schubert

 
Bertrand Chamayou
Bertrand Chamayou
Bertrand Chamayou

 
Fiche Technique
 

Millésime: Janvier 2014
 
Musicien: Bertrand Chamayou
 
Editeur: Erato
 
Style:
 
Production
8.0


 
Emotion
8.5


 
Notre note
8.3
8.3/10


Note des lecteurs
Pas encore noté

 

Bien vu


L’intelligence du choix des morceaux, véritable introduction à l’univers pianistique de Schubert

Peut mieux faire


On attend avec envie l’enregistrement des sonates !


Posté le 7 mars 2014 par

 
Notre avis
 
 

Bertrand Chamayou fait partie de ces pianistes virtuoses qui aiment à faire partager leurs coups de cœur. Grâce à lui et à ce CD aux quatorze morceaux judicieusement pensés, l’on entre de plain-pied dans l’univers oh combien personnel et onirique du plus romantique des compositeurs.

M

ort à seulement 31 ans, Schubert nous a laissé une œuvre somptueuse, dense et variée, composée d’environ un millier de morceaux dont 600 lieder, 9 symphonies et 21 sonates pour piano. Bertrand Chamayou lève ici un minuscule coin du voile en forme d’introduction pour « grands débutants ».  Dès la première pièce, comment ne pas être touché au cœur en écoutant la transcription par Liszt du lied Auf dem Wasser zu singen ? Voilà résumé en un peu plus de 4 minutes toute la spécificité schubertienne, une simple mélodie qui fait mouche en mode mineur dès les premières notes avant de se poursuivre plus gaiement en mode majeur jusqu’au final furieusement élancé et élégant. Bertrand Chamayou y est brillant en tout point, racontant une histoire qui sonne toujours juste du bout des doigts. (Les plus curieux pourront écouter la version chantée par le baryton-basse Bryn Terfel accompagné au piano par Williams llyr, en lançant la vidéo en bas de l’article.

S’en suit la « Wanderer Fantasy », une pièce de choix en quatre mouvements composée à l’âge de 25 ans. Bertrand Chamayou nous offre ici une interprétation en tout point parfaite d’une œuvre mature mêlant fougue, romantisme, virtuosité et génie. Cette fantaisie laisse déjà poindre les futures grandes sonates (D. 958, D. 959, D. 960) que Schubert composera l’année de sa mort. Une manière de faire un peu plus connaissance avec son univers d’une profondeur abyssale. Le pianiste y distille l’ivresse à petite dose, l’auditeur allant de surprise en surprise à travers un programme initiatique qui se poursuit par la transcription de deux lieder de moindre importance, mais tout aussi élégants, avant de se prolonger par deux Länder et par l’Allegretto D.915 en Do mineur. Morceau de choix écrit l’année de sa mort, nous voici ici au cœur même du chaudron schubertien. Bertrand Chamayou y transcrit avec brio et tendresse toute la subtilité de ce morceau pourvu d’une rupture mélodique en son sein. Puis vient ensuite la pièce montée, second socle du CD, judicieusement éloignée de la Wanderer Fantaisie. Ces trois morceaux pour piano D. 946 (Klavierstücke) seront publiés après la mort du compositeur. Ils sont à mettre sur le même plan que la seconde série des impromptus D. 935 composée à la même époque. Excessivement profonds, d’une maturité incroyable et d’une complexité créative hors norme pour un génie âgé de seulement 31 ans, ces derniers révèlent l’âme de Schubert. Bertrand Chamayou parvient à en extraire l’essence grâce à une interprétation juste et adulte. L’on a parfois l’impression d’entendre un maître bien plus âgé à l’image d’un Claudio Arrau qui sut lui aussi pénétrer profondément l’univers du maître. Puis, en guise de final, et aussi pour apporter un zeste de fraîcheur à ce programme varié, Bertrand Chamayou nous entraîne dans une valse subtile révélant une autre facette de Schubert, une ode à l’amour de la vie, des amis et de la famille. À quand maintenant l’enregistrement des sonates ?


Stéphane Philippon

 
Stéphane Philippon
Escaladeur de montagnes et de gammes classiques étourdissantes, mon apostolat m’a amené à parler de jeux vidéo, de musique, de cinéma, de nouvelles technologies et de carpes, mais ça va mieux depuis.