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Bring Me The Horizon – Interview (archive)

 

Posté le 9 avril 2013 par

Si vous connaissiez déjà BMTH, cet album fut une énorme surprise. Le troisième album du combo d’Oli Sykes, sobrement intitulé  There Is A Hell Believe Me I’ve Seen It, There Is A Heaven Lets Keep It A Secret, est un monument où le groupe se permet tout ou presque. Retour sur une interview réalisé en 2010 avant l’arrivée de leur prochain album.

Cet album représente l’un des changements d’orientation musicale les plus radicaux de l’histoire, s’agissait-il d’une volonté préméditée de rompre une bonne fois pour toutes avec vos racine deathcore ou tout est venu en enregistrant l’album ?
Oliver Sykes : Je ne suis pas certain que nous nous sommes plus ou moins consciemment dit que nous voulions devenir un groupe progressif. Cela dit je n’associe pas forcément le terme au rock progressif tel qu’on le connaissait jusqu’à présent. Mais je crois que dès le départ nous avions la volonté de ne jamais nous sentir limités par quoi que ce soit. Nous voulions que cet album soit à la fois différent de ceux que nous avions déjà enregistrés, mais aussi de tout ce qui se fait ces derniers temps. J’espère que personne ne pourra dire qu’il a déjà entendu cet album quelque part avant. Nous avions déjà ébauché certains changements sur Suicide Season, mais nous avons repoussé nos limites bien au-delà sur le nouvel album.

Bring Me the horizonTout de même, ça n’a pas dû être aussi simple de tout mélanger, de rajouter des orchestrations, des choristes, des duos, sans oublier tous ces changements d’ambiances inattendus…
Je ne dirai pas que ça a été facile. Notre producteur a vécu un enfer avec tout ce qu’on lui a demandé, mais c’était vraiment excitant. Dès le départ, l’idée même de changer complètement de son nous motivait pour essayer tout ce qui nous passait par la tête. Le challenge était de nous écarter de tout ce que nous connaissions. Depuis toujours, nous écoutons toutes sortes de musiques, pas seulement du hardcore, contrairement à ce qu’on pouvait croire. Mais c’est vrai que réunir tous les différents éléments dont nous avions besoin, que ce soit les choristes, l’orchestre ou les invités, nous a pris du temps et pas mal sueur. Sans compter les heures de longues discussions au sein du groupe sur chaque détail… Mais nous étions d’accord pour ne pas tricher avec des chœurs bidon ou des violons faits au synthé. Tout a été véritablement enregistré.

Tu penses que votre public sera assez ouvert ou, sinon, que c’est un nouveau qui va le remplacer ?
Je respecte les groupes de hardcore, mais le principe qui consiste à dire que le genre se limite à un cadre précis et que personne n’a le droit d’en sortir sous peine d’être exclu est vraiment une connerie. Nous voulons proposer des choses qui vont procurer toutes sortes de sensations, même si la plupart des gens vont dire que ça n’a plus rien à voir avec le hardcore. Nous n’avons pas la moindre idée de l’impact qu’aura l’album. Mais, à la limite, ce n’est pas notre affaire. Nous, nous avons vraiment fait notre boulot. J’éprouve malgré tout le sentiment très fort que notre public sera particulièrement ouvert d’esprit lorsqu’il découvrira l’album. Je suis certain qu’il nous acceptera tels que nous sommes, qu’il nous permettra de changer souvent et de ne pas rester cloîtrés dans un cadre metal strict. Qu’il appréciera, comme nous, des influences qui peuvent aller jusqu’à Pink Floyd ou Dire Straits, avec des solos dans la lignée d’un David Gilmour… Je trouve que beaucoup trop de groupes se contentent de jouer ce qu’on attend d’eux et finissent tous par sonner de la même façon. Le moment est venu de briser tous les moules ! Sinon, tout le monde allait finir par mourir d’ennui (rires).

Jona Weinhoffen (guitariste qui a remplacé Curtis Ward l’an dernier) s’est aussi bien acclimaté au groupe en studio qu’il l’avait fait sur scène ?
Tout à fait. Nous avions viré Curtis parce qu’il manquait vraiment d’enthousiasme. Faire partie du groupe ne le passionnait plus vraiment. Depuis que Jona nous a rejoint, ça nous a donné un véritable coup de fouet. Il s’est aussi beaucoup impliqué dans la préparation des nouvelles compositions. Il nous a apporté à la fois plus de folie sur scène et plus de confiance en studio.

C’est de nouveau Fredrik Nordström (Dimmu Borgir, Opeth, Arch Enemy, In Flames…) qui a supervisé la production, même s’il est très ouvert, il n’est pas réputé pour dépasser à ce point les limites…
Il avait produit l’album précédent (Suicide Season) et on se comprend parfaitement. Il a fini par nous permettre de mélanger des ambiances musicales jusque-là pratiquement incompatibles comme s’il avait fait ça toute sa vie. Nous avons vraiment partagé la même vision. Il avait autant que nous l’envie de prendre des risques.

On se demande malgré tout comment vous allez pouvoir jouer les nouveaux morceaux sur scène, à moins d’utiliser des tonnes de samples ?
Nous avons déjà commencé à répéter les titres pour la scène en les réadaptant. Nous utilisons quelques samples, mais ils ne recouvrent jamais le groupe. Ils ajoutent une couleur et l’ensemble sonne vraiment énorme. J’ai même l’impression que ça sonne encore mieux que sur l’album. Je ne voulais pas qu’on devienne comme ces groupes qui poussent un ou deux boutons et qui font les singes en jouant deux ou trois notes ici ou là. Le groupe reste très brut et puissant.

Sinon, il faudrait embaucher Apocalyptica pour certains passages…
Ahaha ! Ce serait génial. J’espère qu’on pourra faire quelques concerts spéciaux avec un véritable orchestre ou un groupe de choristes.

Tu diriges toujours tes propres lignes de vêtements, Drop Dead et Built For Sin, ça ne devient pas le cauchemar d’assurer sur tous les fronts ?
Au départ, ce n’était pas si compliqué, mais le groupe devenant de plus en plus populaire, ce n’est pas toujours évident. On ne me voit plus au bureau tous les jours, mais je tiens à superviser chaque création. Je ne veux pas perdre le contrôle et me retrouver avec une société où je n’ai plus mon mot à dire. C’est un travail que j’adore et j’ai la chance d’être entouré de créateurs vraiment géniaux. Je suis associé avec ma compagne et mon meilleur ami et j’ai toute confiance en eux, même si je dois partir en tournée.

Propos recueillis par Jean-Pierre Sabouret en aout 2010


Jean Pierre Sabouret

 
Jean Pierre Sabouret
Journaliste, photographe, animateur TV, j'ai dirigé Best, Hard Rock Magazine, écrit pour Guitarist, Rock You, Hard & Heavy, présenté Boulv'hard sur M6 et Dr Heavy and Mister Hard sur MCM et reste un "hard'ent défenseur du rock progressif.