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Metallica / Lou Reed – Lulu

 
Metallica
Metallica
Metallica

 
Fiche Technique
 

Millésime: Octobre 2011
 
Musicien: James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett, Robert Trujillo, Lou Reed
 
Editeur: Mercury
 
Style: ,
 
Production
7.0


 
Emotion
7.0


 
Notre note
7.0
7/10


Note des lecteurs
1 lecteur a voté

 

Bien vu


Un album audacieux, un gant lancé à la face des fans de Metallica. Ils l'ont mal pris, les bougres !

Peut mieux faire


Une expérimentation mal jugée, c'est certain, mais aussi très dure à écouter.


Posté le 9 janvier 2013 par

 
Notre avis
 
 

Bel exploit, avec cet album, Lou Reed et Metallica ont réussi à faire l’unanimité… contre eux ! Ce bien avant que qui que ce soit l’ait écouté en entier et dans de bonnes conditions. Trop fort.

L

a formidable prestation de Lou Reed et Metallica, lors du concert pour les 25 ans du Rock And Roll Hall Of Fame, avait fait l’unanimité, tant auprès de ceux qui appréciaient l’un et l’autre, l’un ou l’autre que ceux qui ne supportaient ni l’un ni l’autre.

Que s’est-il déjà passé en quelques mois pour que dès l’annonce d’une collaboration plus sérieuse, tous les boucliers se sont levés et les chants de guerres les plus haineux, surtout envers Lou Reed, se sont mis à résonner. Dès lors rares étaient les bipèdes sur cette planète à attendre impatiemment le résultat de cette collaboration qui n’aurait étonné personne il y a vingt ou trente ans. Certes c’était au siècle dernier, mais on trouvait alors presque normal de voir David Bowie avec Iggy Pop, ou encore Peter Gabriel avec Robert Fripp ou Kate Bush, Pete Townshend ou Paul McCartney avec David Gilmour, Eric Clapton avec tout le monde ou John Lennon avec Elton John… Bon d’accord, en ces temps reculés, le hard rock et le heavy metal était souvent méprisés par l’aristocratie rock (et son public lui rendait bien) et c’est probablement ça qui a entraîné d’aussi violentes réactions sur le net (qui l’est de moins en moins), surtout de la part de ceux qui se prétendent fans de Metallica.

La parodie, un peu facile, sur YouTube avec Hitler maudissant son cher Metallica pour sa “collaboration” avec Lou Reed en a fait rire plus d’un, même Lou Reed qui l’a mise sur son site. Mais ceux qui ont vomi leur fiel dès le premier titre dévoilé sur SoundCloud riaient beaucoup moins. Mais là, c’était probablement une lourde erreur des intéressés que d’avoir livré en pâture des titres avant l’heure. Cet album il ne faut surtout pas chercher à le découper en tranches, il faut se faire violence et le découvrir dans son intégralité. Et il faudra bien plus qu’une vague écoute sur son ordinateur portable ou son iPod pour émettre un avis un tant soit peu pertinent. Mais rien que pour ça, on pourra remercier les cinq musiciens. Avec ce projet, ils ont montré à quel point la création musicale est mise à mal par tous ces désœuvrés qui éprouvent le besoin de s’épancher sur des sujets qu’ils ne maîtrisent visiblement pas et qui, en outre, n’éprouvent pas le moindre scrupule à influencer ceux qui ont la bêtise de les lire.

Comme base de travail initiale, Lou Reed s’était on ne peut plus librement inspiré de Lulu, une tragédie-monstre de Frank Wedekind, une pièce sulfureuse qui avait fait l’objet de tous les scandales avant même sa première représentation (elle portait au départ le titre de La Boîte de Pandore, mais fut réécrite et scindée en deux par son auteur au début du siècle dernier). N’ayant pas trouvé preneur avec une première ébauche, Reed a donc proposé l’ensemble, essentiellement des textes, en vrac aux musiciens de Metallica. L’erreur serait donc de mettre en rapport Lulu avec l’ensemble des productions actuelles, même les plus aventureuses. Il s’agit d’un album tout ce qu’il y a de plus expérimental.

Dès les premières notes presque délicates de guitare acoustique de “Brandeburg Gate”, Lou Reed annonce la couleur avec sa voix à la voix la plus douce et la plus solennelle : “Je me sectionnerait les jambes et les tétons en imaginant Boris Karlof et Kinski sur la face cachée de la lune…” S’il voulait lancer un défi il n’aurait pas trouvé mieux, comme pour dire à l’auditeur : “Si vous n’avez pas un minimum de culture et d’ouverture d’esprit, je vous emmerde, allez voir ailleurs. Ne me faîtes pas chier et retournez écouter plutôt David Guetta, bande de branleurs !” Mais, passé le choc initial, la chanson, comme l’essentiel de l’album, n’est pas si austère et inaudible que ce qu’on pouvait imaginer. On est loin, très loin des élucubrations sonores de Metal Machine Music. Metallica enchaîne avec une rythmique rock pesante, sorte de sœur jumelle de “Sweet jane” au ralenti, et Reed s’énerve un peu. Désolé, mais, dans le genre, Marilyn Manson ou Rob Zombie ont proposé des choses largement moins écoutables.

L’erreur serait donc de mettre en rapport Lulu avec l’ensemble des productions actuelles, même les plus aventureuses. Il s’agit d’un album tout ce qu’il y a de plus expérimental.

Poésie incantatoire sur fond de metal relativement basique, “The View” est le seul titre où Metallica semble faire vraiment jeu égal avec Reed, James Hetfield poussant une de ses rares gueulantes sur le refrain. Avec le sinistre “Pumping Blood”, Reed reprend la main, jouant les prêtres déments, d’autant qu’un arrangement de cordes soyeux puis strident et lancinant surnage au dessus des guitares qui alternent riffs plombés et arpèges délicats, avant que l’apocalypse se déclenche au milieu du morceau… “Mistress Dread” s’enchaîne directement, avec des cordes qui sont rapidement recouvertes par un déluge ultra-speedé dominé par Metallica. Lou Reed semble un peu perdu dans ce magma sonore, mais, paradoxalement l’ensemble fonctionne, même si c’est probablement le titre le plus dispensable de Lulu. Sorte de “Satellite Of Love” saturé, “Iced Honey” et un rock au tempo moyen tout à fait abordable, avec de nouveau Hetfield en renfort.

J

usque-là, rien de si terrible. Mais à partir de “Cheat On Me”, lugubre à souhait, Metallica est cette fois éclipsé pendant la moitié du titre par un mélange de cordes et de sons électroniques et, lorsqu’il fait son entrée avant le premier refrain, avec de nouveau Hetfield au chant, c’est par la petite porte. Celui-là, Reed aurait pu le faire de son côté, ça n’aurait pas changé grand-chose. Et pourtant c’est l’un des moments vraiment intenses de l’album. Pour “Frustration”, on a presque l’impression que c’est Black Sabbath et non Metallica que Lou Reed a convié, pour ponctuer ses imprécations. Le résultat n’en est pas moins saisissant, avec des contrastes sonores parfaitement maîtrisés. “Little Dog” en remet une couche dans le sinistre et le cynisme. Essentiellement acoustique, on ne peut pas dire, encore plus que pour “Cheat On Me”, que la participation de Metallica était essentielle. On note toutefois une prise de son exceptionnelle, cristalline et dynamique, bien qu’on puisse presque en dire autant de tout le reste de l’album. “Dragon” semble ensuite avoir été placé là pour les fans de Metallica, mais il reste un morceau de metal presque prévisible et presque aussi inutile que “Mistress Dread”.

Que l’on aime ou qu’on déteste l’œuvre, ce qui reste indéniable, c’est que Metallica n’a pas été aussi aventureux et ouvert à toutes les expérimentations depuis au moins la fin des années 80 et que Lou Reed n’a pas été aussi vindicatif, rock et électrique depuis le milieu des années 70. Pour faire court et schématiser à l’extrême, Lulu c’est un peu ce qu’aurait donné …And Justice For All si Lou Reed y avait remplacé James Hetfield au micro et aux textes, ou encore Berlin et Transformer (ou plutôt les formidables live de la même période, Rock n Roll Animal et Lou Reed Live) avec Metallica comme backing-band de luxe. Pas si ridicule que ça donc.

Informations supplémentaires et l’avis incontournable du Margouillat

MetallicaL’avis du Margouillat : Alors de grâce, une fois n’est pas coutume, prenez votre temps pour écouter cet album et avec un vrai CD (ou peut-être un vinyle), d’autant que le meilleur est pour la fin, avec ce “Junior Dad” et ses 19 mn 28 de sonorités aussi variées qu’ensorceleuses. Digne reflet d’une œuvre qui donne finalement l’impression d’avoir été développée depuis des années. Avec Lulu, ouvrez le champ des possibles !

Site : http://www.loureedmetallica.com/

 

 


Jean Pierre Sabouret

 
Jean Pierre Sabouret
Journaliste, photographe, animateur TV, j'ai dirigé Best, Hard Rock Magazine, écrit pour Guitarist, Rock You, Hard & Heavy, présenté Boulv'hard sur M6 et Dr Heavy and Mister Hard sur MCM et reste un "hard'ent défenseur du rock progressif.