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Roger Hodgson – Interview en toute simplicité

 

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Posté le 20 mars 2013 par

Instrumentiste talentueux, mélodiste génial, Roger Hodgson et son groupe Supertramp ont composé aux côtés de Yes, Pink Floyd ou Genesis les plus beaux titres du rock progressif. Généreux, ouvert, souriant, nous l’avons croisé avant qu’il ne monte sur scène et électrise tout un public de festival. Une rencontre avec l’histoire du rock faite à l’image de cet artiste, en toute simplicité.

Tout le monde se souvient de l’album « Crisis ? What Crisis ? » où un homme tournait le dos aux problèmes de son temps. 30 ans après, comment ressentez-vous les crises actuelles ?
En 1975 les gens ne voulaient pas facilement admettre le contexte de crises. De nos jours, nous y sommes d’avantage confrontés et plus personne ne leurs tourne le dos. Mais qu’il s’agisse de la crise financière ou écologique, les choses changent peu, elles sont simplement plus violentes. Les problèmes demeurent mais plus personne n’ose prétendre qu’ils n’existent pas.

Pensez-vous que la musique peut-être une des réponses à la crise ?
La musique est la voix du peuple. Si je travaille avec mon âme et ma passion pour la vie et pour l’amour, alors j’arriverai à exprimer ce que les gens ressentent. C’est un langage qui vient du cœur et que les politiciens ne maîtrisent pas. Le cœur EST l’art (NDLR : il s’agit d’un jeu de mot en anglais entre deux homonymes « Heart is art »). Le métier d’artiste est de toucher le cœur du public. Ma plus grande satisfaction est de recevoir des lettres ou des e-mails de personnes me racontant combien mes morceaux les aident à surmonter leurs problèmes. C’est une forme de succès.

Est-ce une partie de la quête spirituelle que vous évoquez parfois ?
La vie est une quête spirituelle. Très jeune, je cherchais à savoir pourquoi j’étais là. Il y a quelque chose de plus fondamental que d’avoir une voiture, une maison, de l’argent. Je voulais trouver une forme de vérité, de grand amour ou trouver un dieu. Je ne crois pas qu’il soit là-haut dans le ciel, je voulais une autre forme de relation avec tout cela. J’ai reçu le don de la musique et ça a été un bon moyen de m’exprimer, de donner mon amour aux gens et de trouver ce qui se cachait en moi. Quand j’écris ou quand je joue, j’atteins d’autres niveaux de consciences qui parfois me surprennent. Je ne comprends toujours pas d’où cela me vient. Peut-être est-ce ma façon de toucher quelque chose de plus profond.

Est-ce que vous êtes encore un rêveur (NDLR : en référence à Dreamer, l’un des succès du groupe) ?
J’ai vécu une vie merveilleuse et beaucoup de mes rêves sont devenus réalité. J’ai énormément travaillé pour les concrétiser. Rêver est magnifique mais il faut se battre pour que tout se réalise. Aujourd’hui je veux encore apprendre, donner plus d’amour. Nous vivons une période à la fois dure et excitante, il y a tant à faire pour aider. Mes rêves vont probablement dans ce sens. J’essaie lors de mes concerts de donner le meilleur de moi-même, de sourire aux gens, je ne peux pas changer le monde mais je peux donner un peu d’espoir, de joie et d’amour.

Le son du Wurlitzer est particulièrement associé à Supertramp. Pensez vous que le numérique ait pu changer votre sonorité et votre écriture ?
Ce soir, je jour sur un Wurlitzer numérique, le son est excellent. J’adore les technologies et ce qu’on peut faire avec, mais les ordinateurs sont aussi un obstacle à la créativité. L’écriture vient du cœur et il faut faire l’effort aujourd’hui de continuer à créer avec ses sentiments plus qu’avec des logiciels. Tellement de CD sont faits en pressant seulement quelques boutons, mais les PC n’ont pas d’émotion. Il faut savoir trouver le bon équilibre.

Comment expliquez-vous qu’une musique comme celle de Supertramp passe les générations alors que tant de groupes tombent dans l’oubli ?
Je pense que ce sont de très bonnes chansons. Autre question ? (rires). Plus sérieusement, je pense que le cœur et l’émotion les aident à traverser les années. Je vois beaucoup de jeunes à mes concerts et quand je leur chante un titre, je n’ai pas l’impression qu’il date de plusieurs décennies. C’est aussi un plaisir d’entendre à la radio des groupes s’inspirant de ma musique. Ces dernières années les succès de Gym Class Heroes, Scooter ou Goo Goo dolls avec mes chansons montrent qu’elles existent encore, quelle que soit la personne qui la chante.

Est-ce que cela a été difficile de passer de Supertramp à Roger Hodgson ?
Mon plus gros challenge était d’éduquer le public car tout le monde pensait que Logical Songs, Take a long way home, Breakfast in America, Dreamers, School étaient de Supertramp, mais ils sont de moi. J’ai enregistré ces morceaux avec le groupe mais j’étais seul lors de l’écriture. Certains datent même d’avant la création de Supertramp. Il y avait Rick Davis et moi, tout deux différents. L’alchimie ensemble était intéressante, mais quand j’ai quitté le groupe, Supertramp est devenu uniquement Rick Davies. C’est vrai que la confusion vient du fait que les chansons sont créditées à nos deux noms, mais nous écrivions chacun de notre côté.

Justement, c’est une histoire similaire à Genesis avec et sans Peter Gabriel, est-ce que le public n’aimait pas l’émulsion de vos deux talents ?
Supertramp était un peu différent de Genesis qui a connu des succès avant et après le départ des membres et chacun a fait une belle carrière solo. J’étais un moteur pour le groupe même lorsque Rick Davis composait, et mon départ a été compliqué pour son processus d’écriture. De mon côté, quand j’ai quitté le groupe, je ne me concentrais pas sur ma carrière, mais sur la façon de devenir un bon père. Je n’ai pas essayé d’avoir du succès car j’ai fais le choix d’arrêter et de me fixer sur autre chose. Aujourd’hui mes enfants sont grands et j’ai de nouveau beaucoup à donner au public. Si je faisais un album demain, je pense qu’il pourrait être excellent, car ma volonté de créer est immense.

Est-ce un projet ?
Potentiellement il y a un projet. Il faut que je trouve le temps.

Vous avez évoqué récemment une reformation de Supertramp à la télévision ?
Croyez-vous cela ? (rires) Il y a toujours plein de rumeurs. Ça pourrait arriver, je serai ravi de retravailler avec Rick, mais pour l’instant il n’y a rien de planifié.

Propos recueillis par Cyril Trigoust en juillet 2009 – Photos @Cyril Trigoust


Cyril Trigoust

 
Cyril Trigoust
Rédacteur en chef de Rock You, Pur Ciné (etc.), on me voit aujourd'hui dans Jeux Vidéo Magazine ou quelques pages de musiques et de nouvelles technologies. Chaque seconde encore disponible est consacrée à la direction de ce site et la motivation de l'équipe !


One Comment


  1.  
    jps
    10

    Afin de satisfaire son public, Roger Hodgson reviendra en France les 18 et 19 mai 2013 pour deux nouveaux concerts à l’Olympia pour lesquels il sera cette fois accompagné de son groupe. Une première parisienne à ne pas manquer !





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