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Roger Hodgson Vs Supertramp – Part 1

 

Posté le 11 septembre 2013 par

Certains, tout de même nombreux vu la popularité du groupe de 1975 à 1985, attendaient de pieds fermes le grand retour de Roger Hodgson dans Supertramp pour les 40 ans du groupe depuis 2010. Le départ du chanteur multi instrumentiste et surtout compositeur des tous les grands hits du groupe était longtemps resté un mystère, mais il semble que les antagonismes ne se sont pas atténués en près de 30 ans… Retour sur une sale affaire où tout le monde est resté perdant.

De l’extérieur, le public qui n’accorde que rarement d’importance aux péripéties intestines des groupes a d’abord accueilli le départ brutal de Roger Hodgson avec une relative indifférence. Ce n’est qu’en allant voir Supertramp lors de la tournée pour défendre l’album « Brother Where You Bound » en 1985, que certains, mais pas tous, ont bien vu que quelque chose avait changé. Le groupe s’était bien gardé de crier sur les toits que la voix de la quasi-totalité des tubes mythiques n’était plus là. À la guitare, Rick Davies, redevenu leader incontesté et très autocratique, s’était offert les services de rien moins que David Gilmour et Scott Gorham (Thin Lizzy), mais au chant il pensait pouvoir assurer seul et il devra peu à peu se raviser.

Le contrat

Roger Hodgson

Roger Hodgson,concert au festival Zarbs (2010)

S’il faut en croire les multiples déclarations d’un Hodgson de plus en plus indigné, lors de son départ qualifié d' »amical », Davies et lui s’étaient mis d’accord « juré craché » que si ce dernier conservait le nom de Supertramp bien qu’il ne pouvait totalement en revendiquer la paternité, il ne devait en aucun cas continuer à jouer les titres composés par Hodgson. En clair, le nom d’un côté les hits de l’autre. Le deal paraissait équitable, mais le rapide déclin de Supertramp a poussé Davies à revenir sur sa parole et à embaucher le multi instrumentiste et chanteur Mark Hart, par ailleurs dans Crowded House, pour livrer des imitations de Roger Hodgson plus vraies que nature. Beaucoup s’y laisseront prendre, d’où la rancune de l’original.

Pour combler le vide laissé par Hodgson, le quintette d’origine s’était mué en une grosse machine avec pas moins de neuf membres, dont le guitariste Carl Verheyen, musicien de studio et professeur très réputé aux États-Unis. Mais chaque tournée, de plus en plus espacée, indiquait clairement que l’intérêt pour Supertramp, même au plus fort du revival nostalgique qui a bénéficié à tant de groupes (Police ou les Rolling Stones en tête), n’allait pas en grandissant, loin s’en faut.
Jusqu’à cette tournée baptisée 70-10, célébrant en grande pompe le quarantième anniversaire de Supertramp. Les rumeurs ont couru que Roger Hodgson et Rick Davies en profiteraient pour oublier leurs vieilles rancunes et qu’ils souffleraient les bougies ensemble. Rumeurs qui ont bien évidemment largement contribué à un net accroissement des ventes de places de concerts. On aurait même pu croire que les bruits avaient été propagés par le groupe ou son promoteur.
Devenu plus zen, ou plus réaliste, Roger Hodgson a alors fait le premier pas en proposant à Davies de rejoindre le groupe sur plusieurs dates de cette tournée. Il n’a à ce jour pas eu de réponse. En revanche, par voie de presse, Davies a fait savoir qu’il n’était pas intéressé, « l’harmonie » nécessaire entre deux musiciens n’existant plus. Perfidement, Davies ajoutait qu’il ne voulait pas « détruire le souvenir des années où cette harmonie régnait entre nous tous ». Piqué au vif, Hodgson n’a alors plus hésité à mettre la mention « la voix et le compositeur de Supertramp » de plus en plus gros sur les affiches de sa tournée.

L’origine

Melody MakersLes démarrages de Supertramp avaient été des plus laborieux, d’où le doute qui plane sur les mérites des uns ou des autres dans l’ascension très « progressive » (terme choisi) du groupe. Sous le nom de The Joint, il aurait donc été fondé par Richard « Rick » Davies (chant, claviers) à la fin des années 60 alors qu’il gagnait sa vie comme compositeur au kilomètre pour toutes sortes de films ou de séries B en Allemagne. Le musicien avait rencontré un riche mécène hollandais, Stanley August Miesegaes (le « SAM » remercié sur les premiers albums), qui lui avait offert de financer le lancement du groupe. The Joint ne durera toutefois pas assez longtemps pour concrétiser ces premiers efforts et seuls Rick Davies gardera la confiance de Miesegaes, d’abord pour un projet farfelu de voyage autour du monde, comme dans le roman de Jules Vernes, mais en 80 chanson au lieu de 80 jours. L’idée était de composer une chanson dans chaque pays visité. Comme souvent par la suite avec les initiatives de Davies, l’aventure en 4X4 n’ira pas jusqu’au bout. C’est de retour en Angleterre qu’à la demande de son généreux financier, Davies passera des annonces dans l’hebdomadaire anglais Melody Maker pour rassembler un nouveau groupe qu’il baptisera Daddy dans un premier temps.
C’est donc bien alors que Roger Hodgson avait intégré Daddy, en 1970, d’abord à la basse, puis au chant, à la guitare et aux claviers, que la formation a pris le nom de Supertramp, idée tirée du roman de William H. Davies The Autobiography Of A Super-tramp. Personne ne sait vraiment qui a eu cette idée de « super clodo » que l’on ne qualifiera toutefois pas de « lumineuse », même si Dire Straits (mouise totale) trouvera pire plus tard.

L’incompris

SupertrampIl faudra près de quatre ans à Supertramp pour se stabiliser au-delà du tandem Davies-Hodgson et surtout pour connaître un réel impact commercial avec son troisième album « Crime Of The Century ». Plus ou moins admis au départ dans la communauté du rock progressif, avec à peu près autant de pour et de contres que Pink Floyd, Supertramp, surtout Hodgson, a développé un sens de la composition comparable à celui d’un Queen. Même avec des morceaux à la structure inhabituelle et aux influences diverses, allant du classique au jazz avec de nombreux emprunts au folk traditionnel, le groupe a fait le bonheur des programmateurs de radio FM pendant des années.
Cela explique en partie le décalage entre le succès en Angleterre ou aux États-Unis et certains autres pays, dont la France qui a réagi sur le tard. Comme le souligne le saxophoniste John Helliwell lors de l’enregistrement du live « Paris », lorsque Supertramp était numéro un en Grande-Bretagne, il n’y avait que 90 personnes pour les accueillir au Palace à Paris. Il faudra véritablement attendre les années80 et l’essor des premières « radios libre » pour entendre la quasi-intégralité de l’incontournable « Breakfast In America » ou son plus dispensable successeur, « …Famous Last Words… ». Le bien nomme puisque dernier avec Hodgson. C’est donc le plus mauvais moment qu’a choisi Roger Hodgson pour tirer sa révérence fin1982, juste à la veille de la confirmation d’un confortable succès mondial. Le fait que Davies décide unilatéralement de nommer sa femme manageuse du groupe n’a de plus guère laissé la place à un retour après un temps de réflexion.

Comme il le reconnaîtra 27 ans plus tard, se lancer sans Supertramp a été beaucoup plus compliqué que ce qu’il avait prévu : « Mon plus gros challenge était d’éduquer le public, car tout le monde pensait que « Logical Song », « Take a long Way Home », « Breakfast In America », « Dreamers », « School » étaient de Supertramp, mais ces morceaux sont de moi. Je les ai enregistrés avec le groupe, mais j’étais seul lors de l’écriture. Certains datent même d’avant la création de Supertramp. Rick Davis et moi étions tous deux très différents. L’alchimie ensemble était intéressante, mais quand j’ai quitté le groupe, Supertramp est devenu uniquement Rick Davies. C’est vrai que la confusion vient du fait que les chansons sont créditées à nos deux noms, mais nous écrivions chacun de notre côté. »
Sur son rôle dans Supertramp Hodgson, enfonce le clou, traitant presque Davies de boulet. Ce dernier n’est pas vraiment d’accord, même s’il n’a jamais cherché à nier le caractère indispensable des chansons de son ancien complice dans le répertoire de Supertramp.
« J’étais un moteur pour le groupe, continue Hodgson, même lorsque Rick Davis composait, et mon départ a été compliqué pour son processus d’écriture. De mon côté, quand j’ai quitté le groupe, je ne me concentrais pas sur ma carrière, mais sur la façon de devenir un bon père. Je n’ai pas essayé d’avoir du succès, car j’ai fait le choix d’arrêter et de me fixer sur autre chose. Aujourd’hui mes enfants sont grands et j’ai de nouveau beaucoup à donner au public. » Le plus triste dans tout ça, c’est que d’un côté on a un musicien qui doit se mordre les doigts de ne pas avoir trouvé une solution pour garder sa place dans Supertramp aussi inconfortable soit-elle, et de l’autre un groupe dont les chansons n’intéressent personne, depuis le départ de son compositeur principal, et qui se serait damné pour récupérer le plus anodin des morceaux de Roger Hodgson en solo. Et tout porte à croire que ce gâchis sera définitif.

Photos : @Cyril Trigoust

 


Jean Pierre Sabouret

 
Jean Pierre Sabouret
Journaliste, photographe, animateur TV, j'ai dirigé Best, Hard Rock Magazine, écrit pour Guitarist, Rock You, Hard & Heavy, présenté Boulv'hard sur M6 et Dr Heavy and Mister Hard sur MCM et reste un "hard'ent défenseur du rock progressif.