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Bohèmes

 
bohème
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Fiche technique
 

Quoi: Bohèmes
 
Quand: Jusqu'au 14 janvier 2013
 
: Grand Palais
 
Quid:
 
Scénographie
9.0


 
Emotion
10


 
Notre note
9.5
9.5/10


Note des lecteurs
3 lecteurs ont voté

 

Plein les mirettes


Un thème enthousiasmant à l'enjeu politiques et symbolique pour une exposition flamboyante.

C'est dommage


Quelques panneaux difficiles à lire


0
Posté le 12 janvier 2013 par

 
Full Article
 
 

Artiste marginal et magnifique, batteur de pavé misérable, gitan montré du doigt, personnage fantasmé d’un Paris immortel, tous incarnent une facette de cette « Bohème » intemporelle, mythe inventé par le romantisme du 19eme siècle. Un phénomène marquant et si riche qu’il fallait bien une exposition aussi ambitieuse pour tenter d’en faire le tour.

À

quoi pensez-vous à l’évocation du mot « bohème » ? Immédiatement à bohémien, terme intemporel désignant les « gens du voyage » mais forcément ancré dans une origine lointaine. Un autre terme, plus flou, vous vient alors à l’esprit, évocateur d’une nostalgique douceur de vivre, la « vie de bohème ». Le rapport entre les deux semble ténu, incertain. Il n’en est rien. Tous deux participent d’une même invention purement française, nourrie des passions des artistes parmi les plus marquants de notre histoire. C’est en effet Baudelaire qui, dans ses Fleurs du mal, donne ses lettres de noblesse au « bohémianisme », influencé par les gravures de Jacques Caillot et motivé par Des bohémiens et de leur musique en Hongrie traité de Franz Lizt rendant un vibrant hommage à l’apport de la musique tzigane trop longtemps méprisée. Un crédo de noblesse, de liberté et d’indépendance auquel s’identifie une nouvelle génération d’artiste et de poètes, cette jeunesse « dont la monarchie de juillet ne sait que faire »… Mais avant d’en arriver là, l’exposition remonte le temps. Les images rares des années 30, filmées par Moholy-Nagi et projetées en guise d’introduction, évoquent parfaitement l’image que l’on a de ces « bohémiens », ainsi nommés par notre imaginaire collectif au mépris de leur véritable identité. Et dans une première partie éclairante et riche d’un beau choix d’œuvres, la visite s’emploie à retracer l’image et le rôle de ceux que l’on désignait comme les « égyptiens » dès 1421. Sujets prisés de De Vinci et Boccacio, ces bohémiens, et notamment la belle zingarella – à l’origine du mot tzigane – sont omniprésents dans les représentations bibliques, quand la sainte famille elle-même n’est pas représentée en bohémiens !

Dépeint avec férocité par Diderot et Voltaire, consacré par Rousseau, le bohémien se joue des interdictions qui le frappe

Attendus et apprécié pour leurs talents de danseurs et d’amuseurs – Louis XIV lui-même s’habilla en bohémien pour son Ballet royal des plaisirs – leur aptitude à prédire l’avenir ajoute à leur mystère. Car si vouloir connaître son avenir était interdit, l’inquisition ne les poursuivait pas pour cet exercice ! Messager de l’amour pour Boucher ou Watteau, personnage de théâtre incontournable pour La bohème galante, la figure est un classique de la parabole sur la duperie et l’arrogance. Dont la plus belle représentation est probablement la formidable Diseuse de bonne aventure de Nicolas Régnier (1626), où le jeune larron qui détrousse même la bohémienne nous regarde droit dans les yeux… Dépeint avec férocité par Diderot et Voltaire, consacré par Rousseau, le bohémien se joue des interdictions qui le frappe : il est bien trop apprécié ! Certains comme le graveur Jacques Callot, fugueur à 11 ans, gardera pour ceux qui l’ont recueilli une affection sans faille dont son œuvre se fera l’écho. Entre réputation sulfureuse et libre symbole d’amusement et de plaisir, le personnage est incontournable, illustré par des pièces magnifiques, telle la sublime Bohémienne de Hals, ou le fascinant Campement nocturne de Morland. On s’arrêtera avec émotion devant le Paysage avec bohémien de Gainsborough, et ses – invisibles – lacérations faites par son auteur, le tableau ayant été, en raison de son thème, refusé par son commanditaire… D’une infinie douceur, Les tsiganes de Diaz de la Pera nous invitent à une vraie découverte : un portrait de la Zingara au tambour signé Corot. Car le célèbre paysagiste signa vers la fin de sa vie plus d’une centaine de portraits, qu’il ne montra pour ainsi dire jamais… Dès que Baudelaire et Lizt invitent le romantisme à s’emparer de ce symbole de liberté, politiquement rejeté par un second empire qui se méfie de ces vagabonds, les plus brillants artistes de l’époque en feront un mythe. Les toiles qui s’alignent dès lors sont d’une modernité et d’une beauté qui nous ébloui toujours. Délicieuse esquisse de Renoir, fantastiques « roulottes » de Van Gogh, fantomatique gitane de Bonnard, délicieux Garçon avec pichet sauvé par Manet d’une toile découpée, méconnu La bohémienne et ses enfants au côté du formidable La rencontre du même Courbet, délicieux plâtre de Cros… l’ensemble des pièces réunis invite à s’asseoir quelques minutes sur le banc pour en profiter pleinement.

La section « L’europe tsigane » est très révélatrice. Sous le pinceau d’artistes bien trop méconnus – génial Devant le juge de Bihari, stupéfiant Femme tsigane avec enfant de Tihany ! – les gens du voyage témoignent désormais du passé et d’un rapport à la nature dans un occident plongé dans la révolution industrielle. Des œuvres rejointes par les clichés de Atget qui, sur fond d’un Paris disparu mais qui fait toujours rêver, nous invite à pénétrer dans cette Bohème hors du temps. Astucieusement mise en scène, la seconde partie de l’expo, au premier étage, enchaîne les étapes marquantes, les œuvres majeures et les artistes incontournables. Ébahi devant la richesse des œuvres présentées, on passe de la Bohème de Bizet à La vie de bohème, le feuilleton fondateur, et de l’antichambre aux murs lépreux recouverts de formidables portraits (Baudelaire par Deroy, Trapadoux par Courbet…) et d’évocations stylistiques (le suicide de Descamps !) on passe au légendaire atelier, où toute la passion de l’artiste s’exprime entre fougue et misère, mais non sans complaisance… Cézanne, Delacroix, Minardi (génial autoportrait !) ou Roehn en illustrent à merveille toute la symbolique. Dans une salle suivante, consacrée à ces artistes errants, payant cher leur intégrité et leur passion, une cabane de fortune est consacrée à Verlaine et Rimbaud. Les pièces qu’elle renferme sont particulièrement émouvantes. Et formidablement entourées : La mort du vagabond de Legros, Vagabond sous la neige de Steinlein, magistral Coin de table de Fantin-Latour et bien sur les révolutionnaires Chaussures de Van Gogh vous accrocheront longuement le regard… De Montmartre aux Batignoles, la Bohème est Paris, et ses artistes errants y ont leurs églises, le Chat Noir et son pianiste Erik Satie ou le Lapin Agile, qui exposera la première toile d’un andalou du nom de Picasso. C’est très logiquement une vaste salle de café qui nous accueille finalement pour jouir pleinement du foisonnement créatif de cette bohème de Paris : Lautrec, Degas, indécente Carmen de Marsal, Van Dongen, Casas, Picasso… Alors prenez place, feuilletez le catalogue et, à défaut de commander un verre, profitez à loisir d’un panorama dont vous ne jouirez pas souvent !

Après ce foisonnement de merveilles, l’expo se conclut judicieusement par un corridor étroit nous invitant à revenir à la réalité avec les lithographies de Otto Mueller sur les roms des balkans. Série exposée par le régime nazi comme incarnant l’art déviant… Pour avoir su faire le tour de son thème avec clarté, pour avoir osé une mise en scène souvent malicieuse et finalement pour avoir pu réunir une quantité de chef-d’œuvres véritablement impressionnante, cette exposition est incontournable à tout amateur d’art et de Paris. Si Bohèmes réunit une telle masse d’œuvres marquantes qu’il est bien délicat d’en citer une seule, on quitte les lieux avec le souvenir d’espaces très identifiables, par leur contenu comme leur vocation. Ça n’est pas si courant ! Tout juste peut-on reprocher une habitude prise par certaines institutions : des panneaux informatifs fort bien rédigés, mais imprimés sur fond de couleur et chichement éclairés, ce qui les rend parfois bien difficiles à lire…

Informations supplémentaires & l’Avis du Margouillat

bohèmeL’avis du Margouillat : Bohèmes permet d’évoquer historiquement la condition des « gens du voyage », mais aussi de raconter l’histoire méconnue d’un phénomène artistique et créatif qui continue de faire de Paris un lieu unique au monde. On en prend plein les yeux et on apprend beaucoup. Indispensable !

Tous les jours de 10h à 20h, sauf le mardi

Plein tarif : 12€ – Tarif réduit : 8€ – Gratuit jusqu’à 13 ans

Site :  http://www.rmngp.fr/

 


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Petit animal fouineur et curieux : ce margouillat nous scrute et donne un avis toujours aussi péremptoire que subjectif. Bref, un journaliste... un vrai.


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