Nos actus
 

Cheveux Chéris : frivolités et trophées

 
Cheveux chéris
Cheveux chéris
Cheveux chéris

 
Fiche technique
 

Quoi: Cheveux Chéris : frivolités et trophées
 
Quand: Jusqu'au 14 juillet 2013
 
: Musée du Quai Branly
 
Quid:
 
Scénographie
7.0


 
Emotion
8.0


 
Notre note
7.5
7.5/10


Note des lecteurs
8 lecteurs ont voté

 

Plein les mirettes


Un thème pas du tiré par ce que vous pensez, et que l'on découvre au contraire extrêmement vaste !

C'est dommage


On peut regretter que la troisième section, consacrée aux merveilles ethnologiques, soit trop dissociée du reste


0
Posté le 25 janvier 2013 par

 
Full Article
 
 

L’idée est aussi originale que brillante. Quel est l’accessoire le plus universel, le plus naturel, le plus accessible, le plus indissociable de toutes les cultures ? Le cheveu. Critère de beauté, outil de pouvoir ou indicateur social, c’est autant un guide qu’un révélateur.

L

a double rangée de bustes classiques qui nous accueille nous le rappelle avec beaucoup de classe : la mise en scène du cheveux est immédiatement révélatrice d’une culture, d’une volonté, d’une démarche, même habillé de la même noblesse académique. En marbre ou en bronze, issue de l’histoire de France ou nourri des passions lointaines des artistes, ces merveilles sont à admirer de face et de dos… et révèlent notre sensibilité à l’exotisme ! L’homme de Lifou de Lemarque et Le chinois de Cordier sont magnifiques. Dans cette première section, des questions primordiales sont abordées – Peut-on parler de cheveux comme du poil ? – et grâce à une grande variété de documents, le rôle du cheveu apparaît dans toute sa variété. Apparat de pouvoir par sa longueur pour les rois Francs, incarnation de grâce et d’humilité au point d’être le seul vêtement de Sainte Marie Madeleine, le cheveu est un symbole extrêmement pertinent au fil des cultures. Unique indice pour spécifier le sexe d’un visage préhistorique reconstitué, accessoire formidablement mis à profit par le photographe Samuel Fosso lorsqu’il incarne tour à tour tous les héros de l’identité noire, le cheveu est un émouvant message traditionnel de deuil à Madagascar. On appréciera au passage la savoureuse « Danse du scalp » de Annette Messager… Baptisée « Frivolités ? », cette première partie se concentre aussi sur les différentes couleurs des cheveux, et les significations qui leur sont attachées. Une abondance de clichés solidement ancrés dans nos mentalités, et l’occasion de déployer une iconographie remarquable.

La mise en scène du cheveux est immédiatement révélatrice d’une culture, d’une volonté, d’une démarche

Blondes, brunettes et autres rousses se font concurrence, un pur plaisir lorsqu’ils s’agit des somptueux portraits d’actrice de Sam Levin ! Magique BB, sublissime Geneviève Page, malicieux parallèle de Brassaï entre les salons parisiens et les réunions africaines, cette section comporte quelques bijoux étonnants, à l’exemple de la surréaliste photo des « bouffant belles » texanes, équipe d’athlètes qui en 1964 changeaient de coiffure a chaque course. On jurerait la photo mise en scène ! Au coté d’un ado chargé de fleurs de 1650, l’incontournable portrait de Michèle Morgan précède ceux d’une Brigitte Fossey bien datée et d’une toute jeune Jane Fonda, non loin d’une très belle huile sur bois de 1929, Le livre de la paix, œuvre d’un peintre symboliste breton qu’il serait urgent de redécouvrir : Edgar Maxence. Brunes incendiaires et rousses volcaniques, Ava Gardner, Gina Lollobrigida et une scintillante Yvette Horner entourent une Joséphine Baker bien trop petite ! Face à la représentation délicieusement nostalgique de la femme gauloise telle que réinventée en 1869, c’est pour entrer dans la seconde section, consacrée à la coquetterie universelle et la rébellion qu’elle incarne volontiers, qu’un diaporama assez ébouriffant nous accueille. A peine parasité par quelques vidéos de défilés, cet enchaînement d’images à une vertu évidente : identité, fantaisie, revendication, on identifie immédiatement la fonction de la coiffure. Étonnant !

Une variété si appétissante que le contraste avec la sage austérité qui la suit peut surprendre. Le domaine est pourtant riche de sens et d’images ! Science de la natte et du chignon, notion de séduction, rôle identitaire et référentiel sexuel, l’exploration est vaste et ne manque pas de pièces à la beauté émouvante. On croise une Colette toute jeune aux longues tresses, la petite Denise aux longs cheveux photographiée par son papa Emile Zola, les filles de Lorenzo Mancini nous font redécouvrir la coiffure à l’hurluberlu pratiquée au XVIIème siècle, tandis que la magique Cléo de Mérode, saisie par Nadar, fait revivre la beauté telle qu’on la vénérait en 1893. On reste fasciné par l’Ophélie de Hebert, autant que par l’impériale grâce de cette anonyme métisse Tagalo-chinoise des Philippines. Et on apprécie particulièrement le petit miroir qui nous permet d’apprécier la finesse du visage de la sublime Aurore, le marbre de Puech, caché par sa longue chevelure. Sans oublier bien sur les clichés stupéfiants – et trop peu nombreux ! – de J.D. Okhai Ojeikere, qui témoignent de l’art de la chevelure sculptée chez les femmes nigérianes. Après la frivolité, c’est le thème essentiel de « La perte » qui intervient logiquement. Et les différentes approches de ce thème majeur ont tendance à trop s’entrechoquer, au risque d’en brouiller la lisibilité. Si l’espace consacré aux rituels nous parle, richement illustré de films mettant en rapport les cultures du monde entier, celui de « Souvenirs » est moins convaincant en dépit des belles pièces exposées, surtout face au choc des photos de Capra illustrant la « perte contrainte » des femmes rasées à la libération. Une section qui se conclut un peu vite sur de très belles images de la vieillesse. Immense et bouleversant, le portrait d’une Réfugiée chinoise de Dennis Stock est une merveille.

N

ous abordons alors la troisième thématique de l’expo: « Pouvoirs du cheveu ». Cette section importante met à profit l’incroyable richesse des collections du Musée du Quai Branly, et le contraire eut été inconcevable ! Reste que la volonté scénographique très tranchée peut aussi être un soucis de cohérence. Coupé des deux précédentes sections, sans plus aucune interaction transculturelle, on a le sentiment de pénétrer dans une autre expo qui, il est vrai, se suffit parfaitement à elle-même. L’espace des trophées met à rude épreuve les cœurs sensibles avec une collection impressionnante de têtes réduites Jivaros et de têtes trophées Brésiliennes. Le rôle majeur des chevelures incarne toute la puissance de ces témoignages de victoire, et la complexité de leur usage est présenté avec clarté. Suivent les rôles de transmission de ce cheveu réputé imputrescible au-delà du décès. Avec l’espace consacré aux Ancêtres et à l’au-delà, on découvre de nombreuses pièces aussi éblouissantes qu’émouvantes. Magnifiques coiffes et ornements d’oreille Jivaro, impressionnants masques mortuaire kanaks, incroyables coiffes Papou, stupéfiante coiffe de femme chinoise, le voyage est beau et fascinant au fil de cultures riches de mysticisme et de rituels. Des ailleurs où le lien entre vivant et mort est aussi symbolisé par ce cheveu donc, à la fois si fragile et si incroyablement résistant au temps. Une division et une expo qui se concluent dans un grand silence, entre deux momies péruviennes particulièrement émouvantes…

Comme toujours avec le Musée du Quai Branly, l’exposition s’accompagne de nombreux évènements, parmi lesquels deux évènements hors les murs, l’un sur du Château d’Eau, haut lieu de la coiffure multi-ethnique, et un autre à l’Hôpital Saint-louis pour débattre de la perte du cheveu et de sa renaissance potentielle ! Pendant les vacances scolaires de février, le programme « Rien que pour vos cheveux » propose notamment un « Question Hair » consacré aux stars qui font de leur chevelure un emblème, et le « Salon Tuto » qui dévoilera les différentes techniques pour mener le visiteur, comme de bien entendu, jusqu’à des tables de coiffure…

Informations supplémentaires et l’avis capillotracté du Margouillat

cheveux cherisL’avis du Margouillat : L’idée de mettre en vedette le cheveux est une idée géniale, c’est évident. On peut être moins sensible à la façon d’en répartir les domaines de réflexion, au risque de couper les liens qu’entretiennent toutes les cultures sur ce passionnant domaine.

Site : http://www.quaibranly.fr/fr/


watchingmachine

 
watchingmachine
Petit animal fouineur et curieux : ce margouillat nous scrute et donne un avis toujours aussi péremptoire que subjectif. Bref, un journaliste... un vrai.


0 Comments



Soyez le premier à commenter


Soyez inspiré et constructif


(Requis)